À propos de mon abonnement au Devoir

La semaine dernière, je reçois un téléphone :

- Bonjour, c’est Chose du journal Le Devoir.
- Oui, eille, salut.
- J’appelle pour savoir si vous voulez renouveler votre abonnement qui se terminera le 18 décembre.
- Hmmm… je sais pas, je songe à m’abonner à la version Web de la patente. Je vais vous recontacter.
- Ah mais vous savez monsieur, sur le Web, c’est vraiment pas la même affaire que dans le journal.
- Euh… hein ?
- Oui, vous n’avez pas les mêmes articles, et vous n’avez accès qu’à des résumés.
- Euh… je vais checker ça.
- Ok, merci monsieur, soyez heureux, pis toute.
- Bye.

Renforcement négatif ou ignorance ?

Typologie des journalistes du Web

Benoît Michaud, qui a travaillé comme recherchiste sur le documentaire à venir de Florian Sauvageau, dresse une typologie des “cyberjournalistes” selon la part qu’ils occupent dans sa consommation quotidienne d’information.

En utilisant les mêmes catégories, voici ce que je constate pour ma propre consommation (consultez le billet de Benoît pour les définitions des différents types) :

  1. Le journaliste traditionnel copié-collé (BM=35%) : Je lis La Presse et Le Devoir en version papier le matin, et ne vais presque jamais sur leurs sites au cours de la journée, si ce n’est que pour lire les textes sur le sport, pour le “boulot“. Je lis bien quelques articles de journaux états-uniens ou français (ou autres) au cours de la journée. Total : 10%.
  2. Le journaliste-rédacteur web (BM=30%) : Pas trop fan du “remâchage” d’agences de presse, et considérant que je ne visite pas trop les sites de grands médias… Total : 5%.
  3. Le blogueur-vedette (BM=20%) : Pour ce qui est de l’actualité d’heure en heure, c’est eux que je consulte le plus. Parce qu’ils commentent les sujets importants avec des liens qui transcendent les affiliations médiatiques, à cause du RSS, et parce que c’est souvent court. Je peux décider par la suite si je veux en lire plus sur la chose. Total : 35%.
  4. Le petit blogueur indépendant (BM=10%) : Même chose que pour les précédents, mais avec à la fois l’avantage d’un point de vue indépendant et le désavantage d’une crédibilité à prouver. Total : 35%.
  5. Le prolétaire multiplateforme (BM=5%) : Pas tellement d’intérêt pour ceux-là. J’ai tout ce qu’il me faut dans les autres catégories. Total : 0%.
  6. Le journaliste citoyen (BM=0%) : Bon évidemment, je n’ai pas le choix de consommer une certaine quantité de ce type de “journalisme”, avec CentPapiers. Il reste que dans la réalité, ceux qui publient sur CentPapiers sont les mêmes “blogueurs indépendants” ci-haut mentionnés. CentPapiers ne fait qu’agréger leurs contenus. Total : 15%.

Dans la perspective d’un “journalisme de liens“, je veux savoir ce que ceux avec qui j’ai des affinités lisent, peu importe leur appartenance médiatique. Je m’abreuve chez ceux-ci et sur des agrégateurs comme Reddit pour construire le spectre de mes lectures quotidiennes.

Pour finir, un petit mot sur le commentaire de Benoît Michaud sur le journalisme citoyen. Il dit :

“Ce journalisme (ou pseudo-journalisme?), parfois pratiqué sans aucun souci d’objectivité et de respect des règles déontologiques, représente une fraction infime de mes lectures. La possibilité que s’y glissent des « spin doctors », des relationnistes et de sombres fumistes devrait continuer de me garder à distance de ces écrits.”

Comme je viens de l’expliquer, ceux qui pratiquent le journalisme citoyen sur des sites collaboratifs comme CentPapiers sont les mêmes blogueurs indépendants que M. Michaud consulte à hauteur de 10%. La différence est qu’ils le font sous une même bannière, en se donnant des moyens de vérifier mutuellement leurs informations. Les sombres fumistes, s’ils passent la barrière du comité éditorial, sont généralement dénoncés par les autres participants.

La partisanerie est bien présente, mais personne ne prétend le contraire. L’idée est de multiplier les points de vue plutôt que de viser l’objectivité, et de se donner des mécanismes neutres pour en juger de la crédibilité.

Arrêté pour cause de commentaire immodéré

On apprend ce matin qu’un ancien directeur de publication du quotidien Français Libération a été arrêté parce qu’il n’avait pas modéré un commentaire sur le site du journal :

Menottes aux poings, il a été entraîné dans un commissariat de police voisin, laissant son garçon et son autre enfant de 10 ans seuls à la maison. Il a alors appris qu’il faisait l’objet d’un «mandat d’amener» émis par un juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris.

M. de Filippis a été transféré dans les geôles du tribunal et soumis, en deux heures, à deux fouilles corporelles complètes avant d’être amené devant la magistrate Muriel Josié.

Cette dernière souhaitait donner suite à une plainte déposée par un homme d’affaires qui s’estimait lésé par un commentaire affiché par un lecteur de Libération sur le site du journal en 2006. À titre de directeur de la publication à l’époque, M. de Filippis est légalement responsable du contenu du site.

Je pense que je vais commencer à regarder plus attentivement les commentaires sur CentPapiers et le Sportnographe…