Suranalyse : La biographie de Georges Laraque toute en profondeur

14 November 2011 — Laisser un commentaire

L’écoute de 27 heures d’émissions sportives par semaine me laisse peu de temps pour faire autre chose comme sortir dans les bars puis vomir ou encore, réfléchir à des affaires (en général). Il en faut donc beaucoup pour me faire sortir de mes habitudes et me faire lire autre chose que des textes de 140 caractères.

Je l’avais fait pour l’excellent “Dans les coulisses de 110%” qui dépeignait avec beaucoup de sensibilité les hauts et les bas (surtout les bas) de cette émission culte, à la manière des Belles soeurs de Michel Tremblay, comme l’expliquait brillamment le critique littéraire Jean-Charles Lajoie à l’époque.

Je quitte aujourd’hui ma routine pour commenter le majestueux “La force d’y croire” la biographie très autorisée de Georges Laraque.

Ce n’est bien sûr pas l’ancien goon lui-même qui a écrit le livre. À la question “scuse le jeu de mots, mais ça été qui le nègre, celui qui l’a écrit pour toi là ?”, posée avec beaucoup de tact par Jean Perron lors de l’émission Le Match à TVA Sports, Georges Laraque a répondu que c’était Pierre Thibeault qui avait tenu le clavier pour lui.

Mais Laraque est habitué aux maladresses comme celles de Jean Perron. Dans son livre, on retrouve environ 643 fois le mot “racisme”. Il se réclame d’ailleurs de Jackie Robinson qui est son idole même s’il trouve le baseball plutôt ennuyant comme sport.

En fait, il trouve aussi le hockey un peu plate, il préférait le football et le soccer, deux sports où il excellait, mais a choisi le hockey parce que, et je cite “c’est là que j’ai un rôle à jouer”. Cet homme s’est sacrifié pour faire avancer la cause des noirs dans le hockey, un peu comme Jésus l’a fait dans l’excellent roman The Bible.

D’ailleurs, rien de ce qui est arrivé dans la vie de notre héros n’est le fruit du hasard et tous ses revers sont intentionnels. Comme le Monte-Cristo de Dumas, il a méticuleusement planifié son ascension pour venger ses ancêtres.

Son père le battait ? Pas grave, il choisit tout de même d’habiter avec lui parce qu’il jugeait avoir besoin de discipline.

À l’école ? Il fait exprès pour couler ses cours au prestigieux Collège Brébeuf afin d’être muté dans une autre école où le calibre de hockey est meilleur.

Le coach veut le garder après son premier camp chez les Oilers ? Il répond non, “je dois parfaire mon jeu”. Afin de sauver les animaux de la planète, pourrait-on ajouter. Il avoue toutefois avoir menti à cet entraîneur, expliquant qu’il avait demandé à être rétrogradé parce qu’il avait peur de Dave Brown, le champion dur à cuire de la LNH. DIsons que c’est compréhensible.

Le seul préjugé qu’il n’a pu vaincre est celui de la visière complète dans la LHJMQ. Son père ayant refusé de signer l’autorisation pour qu’un jeune de son âge débute précocement dans cette ligue avec une demie-visière, il sacrifie une année complète afin de ne pas faire rire de lui derrière une visière complète. Un autre héros devra mener ce combat…

Évidemment, les bagarres coulent à flot dans cette biographie toutefois moins sanglante qu’on aurait pu le croire. C’est que Laraque aborde toujours la question avec un grand respect :“je n’écrirai jamais que j’ai gagné un combat ou que j’ai donné une volée à tel ou tel joueur, même lorsque ce fut le cas. Je me contenterai de dire que le combat s’est bien déroulé. Vous ferez le lien vous-même”, ce qui revient un peu au même, avouons-le.

Parmi ses batailles mémorables, celle contre Rob Ray : “je lui ai donné une quarantaine de coups de poing, il ne m’a pas touché une fois” ainsi que celle contre Dave Morissette : “ça se passa très bien pour moi, la mare de sang sur la glace ne provenait nullement d’une quelconque partie de mon anatomie.

Dit-il qu’il a gagné ces batailles ? Non. Voilà un homme respectueux.

Respectueux, mais peu superstitieux. Il a entretenu une seule routine dans sa carrière, à l’époque où il évoluait avec les Oilers d’Edmonton. Avant de faire son entrée sur la patinoire, son coéquipier Shawn Horcoff devait absolument lui dire “Hello Clarisse” à la manière d’Hannibal Lecter dans le Silence des agneaux. Laraque n’a pas peur du ridicule (sauf pour ce qui est des visières) comme en fait foi son goût pour les robes de mariées.

D’autre part, Laraque raconte qu’il a perdu deux fois en finale de la Coupe Stanley. Il trouve que la scène dans le vestiaire après la défaite était terrible. Je cite : “Comparé à ce tableau, le radeau de la méduse de Géricault ressemble à une joyeuse scène de bal”. C’est d’ailleurs ce qu’il aurait déclaré à Renaud Lavoie après cette défaite : “ouais, euh, c’est pire que l’radeau d’la méduse icitte”.

On apprend aussi que Laraque est un grand amateur d’art puisqu’il ne voyage jamais sans sa machine de karaoké et son micro. Et contrairement à bien des artistes, il n’a jamais pris de drogue même s’il estime qu’il y en a en tabarouette dans la LNH.

Il prévient toutefois le lecteur qu’il ne nommera personne : “je n’aime pas les délateurs, je n’en deviendrai certainement pas un ici”. Évidemment, cette affirmation vient un peu en contradiction avec le fait qu’il parle parfois avec un stool dans le vestiaire de Canadien avant de rapporter ses propos devant la centaine de téléspectateurs de TVA Sports. Mais même Jésus a fait des erreurs.

C’est que Georges a toujours eu quelques problèmes avec les médias. Il dit que le seul journaliste qu’il respecte est Réjean Tremblay, “parce qu’il écrit avec conviction sans se laisser influencer politiquement par quiconque”. Bon, il se laisse influencer économiquement, mais ça, c’est une autre histoire.

Pour ce qui est des autres experts sportifs, il admet avoir eu maille à partir avec certains comme Ron Fournier, Gabriel Grégoire, Jean-Charles Lajoie et Michel Villeneuve. Il s’est toutefois réconcilié avec ces deux derniers. Il estime aussi que “l’un des pires poisons que la presse sportive montréalaise a porté en son sein s’appelle Bertrand Raymond”, sans préciser pourquoi. Enfin, il aime bien vanter les lumières de “l’illustrissime Don Cherry”.

On découvre aussi en Laraque une sorte de grenouille de bénitier, mais qui ne sait pas toujours dans quel bénitier se tremper. Après avoir vu le film Malcom X, il devient musulman. Après il a essayé d’être témoin de Jéhovah, bouddhiste et juif. Denis Lévesque lui a d’ailleurs demandé “pourquoi vous vous êtes pas converti au judaïsme ? Vous dites j’étais tout près… à cause de la circoncision ?”, ce à quoi le principal intéressé à répondu qu’il l’était déjà, circoncis. Un autre scoop de Denis Lévesque.

Mais n’oublions pas que Georges Laraque est aussi un évangéliste végétalien (ça sonne bien). C’est après avoir vu un film (encore) où il a appris que les animaux que nous mangeons ne sont pas ceux qui meurent de vieillesse que Laraque s’est converti à la salade de tofu. Toute une révélation.

Il estime depuis que les hommes ne se respecteront pas entre eux tant qu’il ne respecteront pas les animaux : “Je lisais d’ailleurs que les tueurs en séries ont d’abord été des enfants qui maltraitaient les animaux”. CQFD.

Voilà donc le parcours d’un homme qui, un peu à la manière des petits jumeaux dans Le grand cahier d’Agota Kristof, s’est fait du mal afin de s’endurcir pour mener à bien sa destinée de protecteur des animaux, pourfendeur du racisme, prêcheur et promoteur de la bataille au hockey.

Laraque n’a que 36 ans et il lui reste bien des choses à accomplir. Bien hâte de lire la suite de cette biographie dans dix ans…

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Chroniqueur, concepteur et gestionnaire de communauté pour La soirée est (encore) jeune à la radio de Radio-Canada. Fondateur et éditeur du Sportnographe. Urbaniste.

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