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Selon les chercheurs, une partie du succès de Donald Trump, candidat à la chefferie du Parti républicain aux États-Unis serait dû à la limpidité de ses propos.

Une certaine catégorie d’individus serait en effet très inconfortable avec l’ambiguïté et préférerait se faire dire des choses offensantes et négatives qui sont très claires plutôt que des affirmations positives, mais nuancées.

C’est ce que les psychologues appellent l’intolérance à l’ambiguïté. Beaucoup moins à la mode que l’intolérance au gluten, mais beaucoup plus répandu si l’on se fie à la popularité de Trump, qui ne donne pas sa place lorsque vient le temps de dire des choses offensantes.

Cela expliquerait peut-être pourquoi la nuance est en voie de disparition chez les politiciens, mais aussi dans nos médias qui laissent de plus en plus de place à des chroniqueurs qui abusent du CAPS LOCK.

Bizarrement, si la nuance perd du terrain, ceux qui disent des choses qui ne veulent rien dire continuent de tirer leur épingle du jeu.

Ne venons-nous pas, au Canada d’élire le politicien le plus vague au monde en la personne de Justin Trudeau? Il y a eu la vague Trudeau. Nous avons maintenant “le” vague Trudeau. Même lorsqu’on fait abstraction de la syntaxe déficiente de ses phrases, il est difficile de saisir l’essence de ses propos.

Le premier ministre utilise souvent les mots “vision”, “monde meilleur” et “prochaines générations” pour parler du Canada. Ça sonne bien, mais ça ne fait pas des enfants forts.

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C’est bien beau de vouloir devenir le “plusse” meilleur pays, mais il faut un plan. Quelque chose de concret. Pas juste des esquisses.

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De même, Pierre-Karl Péladeau, qui n’est pas particulièrement subtil, ne donne pas sa place en matière de phrases difficiles à suivre. Il a particulièrement abusé de pléonasmes pour défendre son utilisation (ou pas) de paradis fiscaux.

Comme la fois où Pierre Arcand lui a demandé s’il avait demandé à Québécor de ne pas faire d’évitement fiscal.

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Au chapitre du vide intersidéral, la ministre Francine Charbonneau (oui oui, elle est encore ministre), ne donne pas sa place.

Ses phrases sont souvent harmonieuses, mais vides.

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Elle dit tout et son contraire, mais personne ne s’en rend compte tellement elle est ambiguë.

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Malgré tout, nous avons élu ces personnes.

Peut-être que la catégorie d’individus qui sont séduits par la rhétorique d’un Donald Trump qui mise sur la limpidité plutôt que sur la nuance est moins présente au nord de la frontière américaine. Peut-être est-ce seulement que le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de populisme.

Dans tous les cas, entre les phrases énigmatiques et creuses et les phrases clairement offensantes, personne n’en sort gagnant.

On trouve vraiment de belles choses sur le Grand Club RDS, qui par ailleurs, a plus de visibilité sur le nouveau site de RDS. Disons que lorsque le “Capitaine” a de la misère, il ne faut pas s’attendre à grand chose des matelots :

« Ceci dit, une fois le plan en place, nous emmétrons un billet pour faire suite à celui-ci ou nous répondrons à des questions tel que les tiennes. »

via Sportnographe.

En recevant mon journal La Presse ce matin, j’ai réalisé que je ne regardais jamais ce qu’il y avait en une. “Si j’avais un blogue, ce serait sûrement une anecdote intéressante à raconter”, me suis-je dit, avant de me souvenir que j’en avais un, blogue.

C’est que La Presse ne présente plus aucun texte en page frontispice. Que des titres et des images. Considérant le fait que je parcours le journal d’un bout à l’autre, il ne me sert à rien de regarder ce qu’on me présente en Une.

Je préfère tant qu’à ça mon Devoir (je reçois la Presse parce qu’ils s’obstinent à me la donner gratuitement, au grand dam de mon bac de recyclage), surtout que je n’ai qu’à “flipper” le journal pour avoir la suite des textes en Une.

C’est drôle, parce que j’ai l’impression que La Presse tente de reproduire une page d’accueil du Web, mais le Web est déjà passé à autre chose. Rares sont les sites auxquels j’accède par la page d’accueil…

Depuis ce week-end, j’ai l’impression que La Presse est en entier un hommage à Jean Pelletier (et un peu une revue à potin autour de Vincent Lecavalier).

Tiens, parlant de journalisme, il faut lire ce texte de Bruno Boutot sur la FPJQ et leur nouveau code de déontologie.

Benoît Michaud, qui a travaillé comme recherchiste sur le documentaire à venir de Florian Sauvageau, dresse une typologie des “cyberjournalistes” selon la part qu’ils occupent dans sa consommation quotidienne d’information.

En utilisant les mêmes catégories, voici ce que je constate pour ma propre consommation (consultez le billet de Benoît pour les définitions des différents types) :

  1. Le journaliste traditionnel copié-collé (BM=35%) : Je lis La Presse et Le Devoir en version papier le matin, et ne vais presque jamais sur leurs sites au cours de la journée, si ce n’est que pour lire les textes sur le sport, pour le “boulot“. Je lis bien quelques articles de journaux états-uniens ou français (ou autres) au cours de la journée. Total : 10%.
  2. Le journaliste-rédacteur web (BM=30%) : Pas trop fan du “remâchage” d’agences de presse, et considérant que je ne visite pas trop les sites de grands médias… Total : 5%.
  3. Le blogueur-vedette (BM=20%) : Pour ce qui est de l’actualité d’heure en heure, c’est eux que je consulte le plus. Parce qu’ils commentent les sujets importants avec des liens qui transcendent les affiliations médiatiques, à cause du RSS, et parce que c’est souvent court. Je peux décider par la suite si je veux en lire plus sur la chose. Total : 35%.
  4. Le petit blogueur indépendant (BM=10%) : Même chose que pour les précédents, mais avec à la fois l’avantage d’un point de vue indépendant et le désavantage d’une crédibilité à prouver. Total : 35%.
  5. Le prolétaire multiplateforme (BM=5%) : Pas tellement d’intérêt pour ceux-là. J’ai tout ce qu’il me faut dans les autres catégories. Total : 0%.
  6. Le journaliste citoyen (BM=0%) : Bon évidemment, je n’ai pas le choix de consommer une certaine quantité de ce type de “journalisme”, avec CentPapiers. Il reste que dans la réalité, ceux qui publient sur CentPapiers sont les mêmes “blogueurs indépendants” ci-haut mentionnés. CentPapiers ne fait qu’agréger leurs contenus. Total : 15%.

Dans la perspective d’un “journalisme de liens“, je veux savoir ce que ceux avec qui j’ai des affinités lisent, peu importe leur appartenance médiatique. Je m’abreuve chez ceux-ci et sur des agrégateurs comme Reddit pour construire le spectre de mes lectures quotidiennes.

Pour finir, un petit mot sur le commentaire de Benoît Michaud sur le journalisme citoyen. Il dit :

“Ce journalisme (ou pseudo-journalisme?), parfois pratiqué sans aucun souci d’objectivité et de respect des règles déontologiques, représente une fraction infime de mes lectures. La possibilité que s’y glissent des « spin doctors », des relationnistes et de sombres fumistes devrait continuer de me garder à distance de ces écrits.”

Comme je viens de l’expliquer, ceux qui pratiquent le journalisme citoyen sur des sites collaboratifs comme CentPapiers sont les mêmes blogueurs indépendants que M. Michaud consulte à hauteur de 10%. La différence est qu’ils le font sous une même bannière, en se donnant des moyens de vérifier mutuellement leurs informations. Les sombres fumistes, s’ils passent la barrière du comité éditorial, sont généralement dénoncés par les autres participants.

La partisanerie est bien présente, mais personne ne prétend le contraire. L’idée est de multiplier les points de vue plutôt que de viser l’objectivité, et de se donner des mécanismes neutres pour en juger de la crédibilité.

On apprend ce matin qu’un ancien directeur de publication du quotidien Français Libération a été arrêté parce qu’il n’avait pas modéré un commentaire sur le site du journal :

Menottes aux poings, il a été entraîné dans un commissariat de police voisin, laissant son garçon et son autre enfant de 10 ans seuls à la maison. Il a alors appris qu’il faisait l’objet d’un «mandat d’amener» émis par un juge d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris.

M. de Filippis a été transféré dans les geôles du tribunal et soumis, en deux heures, à deux fouilles corporelles complètes avant d’être amené devant la magistrate Muriel Josié.

Cette dernière souhaitait donner suite à une plainte déposée par un homme d’affaires qui s’estimait lésé par un commentaire affiché par un lecteur de Libération sur le site du journal en 2006. À titre de directeur de la publication à l’époque, M. de Filippis est légalement responsable du contenu du site.

Je pense que je vais commencer à regarder plus attentivement les commentaires sur CentPapiers et le Sportnographe…

Mitch Joel cite David Simon, écrivain et producteur de plusieurs séries télés pour conclure que le journalisme citoyen est une farce :

A Citizen Journalist is no more of a Journalist than someone who gives you good personal advice is a Citizen Psychiatrist. It might well be time to ditch the idea of Citizen Journalism and call it what is: a witness with a recorder.

Il me semble que les “witness with a recorder” représentent une très faible proportion des blogueurs et “journalistes citoyens”.

Journalists are trained professionals and add tremendous value to our society by doing more than just reporting on the “who”, “what”, “when”, “where” and “how” of Journalism (Simon says any five-year-old can do that), by asking and seeking out the all important question: “why?” He questions why most major newspapers no longer explore the “why,” but instead offer up filtered news that does not address the real issues. His conclusions are a stunning indictment of an industry more concerned with selling widgets over real journalism.

Justement, certaines formes de journalisme citoyen, exemptes des contraintes de la profession, permettent de se pencher plus en profondeur sur certains sujets, et peut-être de travailler sur le “pourquoi”.

Quant à l’utilisation du terme “journaliste”, on s’en fout… s’il y avait mieux, on s’en passerait. Ça n’enlève rien aux “vrais” journalistes il me semble. Dans la mesure où personne ne prétend être journaliste, il n’y a pas de mal à vouloir s’adonner à certaines des pratiques du journalisme.

On apprend ce matin que le réputé quotidien états-unien “Christian Science Monitor” abandonnera complètement, d’ici avril 2009, sa version papier. Il s’agira du premier quotidien national à faire le saut. Le journal accueille actuellement environ 1,5 million de visiteurs mensuellement.

csmonitor

Il s’agit probablement là du premier d’une série de plusieurs abandons du format papier. Les succès du site Politico.com devraient d’ailleurs en encourager plusieurs à faire le saut. Le site attirerait environ 3 millions de visiteurs par mois, et aurait généré 2,4 millions de dollars en revenus publicitaires de janvier à août 2008. Évidemment, il faudra voir comment se débrouille Politico après l’effervescence de la campagne présidentielle.

Toutefois, certains comme Florian Sauvageau s’inquiètent, avec raison, de quelques effets néfastes du journalisme Web et de sa propension à la “reformulation” :

“Un article mis en ligne la semaine dernière sur le site Bakchich.info (et qu’un jeune journaliste m’a signalé) dresse un portrait plutôt
pénible du journalisme web et des nouveaux “ouvriers spécialisés “de la presse,et montre, qu’en France tout au moins,le scénario du pire devient pour partie réalité.Les journalistes web, jeunes,”scotchés à leurs sièges”, réécrivent,titrent,cherchent l’illustration, hiérarchisent.”Ici on ne cherche pas l’info”,on “bâtonne de la dépêche”.Des chercheurs français,cités par Bakchich, font le constat suivant au sujet de ce travail de “retraitement industrialisé” de l’information:”Ceci pose question quant à la marge de manoeuvre des créateurs qui, sans être annihilée,pourrait voir se réduire les possibilités d’innovation et donc de diversité de contenus.”

Mais si une certaine partie des producteurs d’information sacrifie la qualité pour privilégier la primeur et la quantité, en se synchronisant effectivement avec l’actualité afin de satisfaire Google et Google Actualité, générateurs importants de visites, d’autres continueront d’offrir une information inédite et complète.

En définitive, ce seront ces derniers à qui les lecteurs accorderont le plus de crédibilité.

L’hiver dernier, une entreprise a tenté d’acheter CentPapiers.

Nous n’en avons jamais parlé pour ne pas créer de remous, mais maintenant que la poussière est retombée, pourquoi pas.

Nous ne pouvons évidemment pas divulguer l’identité de l’acheteur potentiel, mais on peut dire qu’il s’agissait d’une “startup” montréalaise qui avait levé beaucoup de fonds, en Europe, principalement.

Après examen de leurs états financiers, leurs prévisions, et parce qu’on ne croyait pas vraiment en leur produit, nous avons décidé de ne pas embarquer dans l’aventure. Ça nous aura quand même donné un bon mois de stress et de tergiversations, et nous aura permis de constater que nous ne sommes pas vraiment des hommes d’affaires. Heureusement, nous sommes très bien entourés.

Il reste qu’un an plus tard, nous sommes très contents de notre décision. C’est pas mal tout ce que j’ai à dire là-dessus. Ça fait du bien d’en parler.