Initiative inquiétante en cybergouvernance à Saint-Eustache

Saint-Eustache est à élaborer une politique de l’eau. La Ville s’interroge sur les meilleurs moyens d’économiser l’eau, de protéger les plans d’eau, de mettre en valeur les rivières et de contrôler les rejets et les débordements. Pour ce faire, la municipalité a cru bon demander l’opinion de ses citoyens par l’entremise desondages proposés sur son site Web.

On pourrait se réjouir qu’une municipalité utilise les technologies de l’information et des communications pour consulter les résidants. Or, le processus mis en place à Saint-Eustache a de quoi inquiéter. Il suffit d’y participer pour s’en convaincre.

Il est d’abord à noter qu’on peut toujours répondre au sondage en ce moment, malgré qu’il soit clairement indiqué que la date limite est le 30 avril. Le questionnaire se divise en quatre sections comportant des questions auxquelles on peut répondre selon que l’on est en accord, neutre, en désaccord ou qu’on ne sait pas trop. Certaines des questions ne sont pas très claires et forcent le répondant à fouiller pour deviner de quoi il s’agit. Par exemple, il est demandé si l’on est d’accord pour « mettre à jour le règlement (1036) sur l’eau, afin d’y incorporer des normes et des standards d’économie d’eau », sans que l’on explique ce qu’est le règlement 1036 et sans qu’un lien vers sa description soit proposé.

De plus, une grande proportion des questions sont vagues. Comment ne pas être d’accord avec la proposition de « donner accès à la population aux berges des rivières » ? Disons qu’il aurait peut-être été pertinent d’être honnête avec le citoyen répondant – dont la principale motivation est souvent d’ordre pécuniaire – en précisant pour chaque proposition, les coûts qu’elle engendre. D’autres questions sont inutiles, dans la mesure où la municipalité n’a pas le choix de réaliser ce qu’elle propose. « Mettre à jour la réglementation relative à la gestion des cours d’eau identifiés et inscrits dans le schéma de la MRC » est obligatoire, puisque la réglementation doit être conforme au schéma d’aménagement de la MRC.

Mais ce qu’il y a de plus ridicule dans cette initiative, c’est qu’il est possible pour n’importe qui (résidant ou pas de Saint-Eustache) de répondre au sondage, et qu’en plus, on peut le faire à plusieurs reprises sans problème aucun. Ainsi, un citoyen mal intentionné qui ne veut pas, par exemple, que les tarifs des contraventions pour usage abusif de l’eau soient augmentés parce qu’il se plaît à laver son pavé uni rose quotidiennement, pourrait facilement remplir le questionnaire des tonnes de fois. Même chose pour un promoteur qui voudrait bâtir sur un marais ou près de la rive, ou encore un entrepreneur en compteurs d’eau qui aimerait bien vendre ses produits à la Ville. Quelqu’un le moindrement futé pourrait programmer assez facilement un script permettant de remplir en un instant les formulaires sans qu’il soit possible de se rendre compte du subterfuge.

Il serait intéressant de voir ce que Saint-Eustache a fait des données recueillies. En tous les cas, il s’agit certainement là d’un exemple de cybergouvernance duquel il ne faut pas s’inspirer.

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