Attention au coiffeur citoyen !

Philippe Schnobb, sur le journalisme citoyen :

“Il en a été question ce week-end au congrès de la fédération des journalistes. On y a dit que le journalisme citoyen n’existe tout simplement pas. Je suis journaliste quand je vous parle d’une campagne électorale et je suis citoyen quand je vais voter. Je ne peux pas être les 2 à la fois.”

“Iriez-vous confier votre coiffure à un coiffeur-citoyen qui n’a aucune expérience ni référence et qui coupe les cheveux dans sa cuisine?”

C’est pas un brin méprisant ?

Mise à jour : À suivre aussi chez Mario Asselin.

16 réflexions au sujet de « Attention au coiffeur citoyen ! »

  1. Hum.

    Quand je vois les médias et chroniqueurs politiques s’insurger contre la tentative de reprise de la baisse de la TPS par une éventuelle hausse de la TVQ, et de faire ainsi plier Marois avant même qu’elle n’ait exposé sa stratégie à la population, j’en viens à me demander si un peu de citoyenneté dans ce merdier ne serait pas la bienvenue…

    Méprisant? Assurément ouais.

  2. y a des coiffeurs-citoyens qui font des plus belles mèches dans leur cuisine que certains coiffeurs-professionnels, comme on peut le juger aux coupes Laval caractéristiques (voir Chantal Machabé, qui est bien bonne par ailleurs).

    et y a des journalistes-professionnels qui disent tout pis n’importe quoi à la fois (voir Lagacé et Martineau, entre autres) , en prenant pas le temps de réfléchir pendant que des journalistes-citoyens réfléchissent à leur article pendant des jours…

    comme quoi la qualité du journalisme n’est pas garantie par la carte de membre de la FPJQ…

  3. Étant en contact avec M.Schnobb, je me suis permis de lui envoyer ce message :


    Ouin, et bien on dirait que mon passage dans vos studios mercredi vous ont inspiré pour une petite chronique ce matin (Sommes-nous tous des journalistes en puissance?).

    Je trouve ça quand même déplorable la comparaison entre le journalisme et la coiffure. Je travaille (bénévolement) sur le site Fanatique.ca et nous sommes sûrement le site de nouvelles sportives au niveau “journalisme citoyen” le plus complet au Québec, cela n’empêche pas nos visiteurs de bénéficier de nouvelles à la fois beaucoup plus intéressantes et beaucoup plus approfondies parfois que les nouvelles du fil de la Presse canadienne.

    Si vous voulez, vous pouvez quand même faire mention des sites Fanatique.ca et Cenpapiers.com qui, selon moi, sont deux des cinq meilleurs sites de journalisme citoyen au Québec. Oui, certains sont mauvais et de piètre qualité, mais d’autres, comme ceux mentionnés ci-haut, font preuve de professionnalisme et, entre autre, c’est grâce au journalisme citoyen que j’ai découvert ma passion pour le journalisme.

    Voilà, c’était mon petit grain de sel de la journée.

    Maxime

  4. Je ne crois pas que M. Schnobb (ni lui ni d’autres journalistes de la FPJQ) ait voulu être «méprisant» enves les blogueurs. J’ai fait du pouce moi aussi ce matin sur son billet (http://carnets.opossum.ca/mario/archives/2007/11/blogueur_journalisme_ou_citoyen.html ) et je me demande s’il ne faudrait pas utiliser l’expression «blogueur» quand on fait du «journaliste citoyen» et demander aux journalistes de cesser de se prétendre «blogueurs» parce qu’ils ont une présence Web de type blogue, dans certains cas. Dans un article qui paraîtra sous peu dans la revue de la FPJQ, j’écris d’ailleurs qu’il n’y a que deux «vrais» blogueurs à mon avis sur les cent quelques journalistes qui bloguent…

  5. Je n’ai pas de problème avec la terminologie. On peut appeler ça comme on veut.

    C’est plutôt le bout du coiffeur qui me chicotte. L’information présentée par un “citoyen” n’a pas nécessairement moins de valeur que celle présentée par un journaliste.

    Par exemple, M. Schnobb a une tribune où il parle du Web, mais n’a pas la crédibilité que bien des “citoyens” en cette matière.

  6. À ce sujet, j’ai été interrogé par un journaliste de Radio-Canada (en Abitibi) vendredi dernier et je crois qu’il a compris mon point. J’en parle plus amplement sur mon blogue, et il y a même un lien pour écouter l’entrevue si ça vous intéresse.

    Je pense qu’on peut faire un calcul simple : est-ce qu’un chroniqueur est un journaliste? Oui. Est-ce qu’on peut dire d’un blogueur qu’il fait dans la chronique? Oui. Alors, voilà le lien à mon sens (il y a aussi l’importance de vouloir s’inscrire dans une démarche comme telle).

    Sinon, il faudrait faire une distinction entre les chroniqueurs et les journalistes. Donc, on peut considérer les chroniqueurs-journalistes comme des blogueurs s’ils s’impliquent un minimum dans les échanges qu’ils créent par leurs billets. J’ai bien hâte de lire Mario Asselin là-dessus.

  7. Si vous me permettez, j’ajouterai mon grain de sel de lecteur profane en matière de journalisme.

    N’étant ni journaliste membre de la FPJQ, ni journaliste-citoyen, je me suis posé une question bête, « Qu’est-ce qu’un journaliste? » Pour en avoir le cœur net, j’ai consulté le Petit Robert qui m’a permis de conclure qu’un journaliste est une personne qui publie ou collabore à la rédaction d’un journal. Il n’y a pas grand-chose de très restrictif dans cette définition. Je me suis donc demandé « C’est quoi un journal? ». Toujours selon le Petit Robert, ce serait « une publication quotidienne consacrée à l’actualité ». Je ne lis rien de restrictif dans cette définition non plus.

    Alors, quelle est la différence entre un journaliste membre d’une association et un journaliste-citoyen?

    – La formation. En théorie, un diplômé en journalisme aura un meilleur bagage qu’un non-diplômé. Toutefois, la formation ne remplacera jamais le talent naturel. Un diplômé sans talent ni passion ne sera pas nécessairement meilleur qu’un autodidacte talentueux et passionné.

    – La carte de presse. Elle ouvre des portes aux uns et les fermes aux autres. C’est un avantage indéniable pour les journalistes face aux citoyens.

    – L’accès au fil de presse. De moins en moins avantageux pour les journalistes considérant que les journalistes-citoyens ayant accès aux outils internet tels les fils RSS sont au fait de plus en plus rapidement de l’actualité.

    – L’imputabilité. Pour paraphraser Richard Martineau, les journalistes membres d’une association sont imputables tandis que les citoyens ne le sont pas. De fait, un journaliste ne peut jamais dire n’importe quoi tandis qu’un journaliste-citoyen le peut. Est-ce, vraiment le cas? Pas sur de ça. Les journalistes sont cachés derrière un bouclier d’avocats tandis que les citoyens doivent faire face aux risques de poursuites. À mon avis, dans le cas des journalistes, l’imputabilité s’arrête au niveau de leurs patrons qui ont la capacité de les foutres à la porte s’ils ne rapportent pas assez au journal.

    – La paie. Est-ce vraiment un avantage pour les journalistes? À certains égards, le salaire peut-il devenir une cage dorée qui brimera la liberté des journalistes en les forçant à suivre une ligne dictée par les patrons? Un journaliste-citoyen qui gagne sa vie autrement serait-il plus libre de rapporter les nouvelles sous l’angle qu’il le désire?

    En fin de compte, le commentaire de Philippe Schnobb, me fait penser à celui de Christian Bégin qui en a contre les humoristes qui obtiennent de bons rôles aux cinémas sans jamais avoir suivit de formation. On pourrait appliquer le même raisonnement aux programmeurs-citoyens développant des sites internet sans avoir suivi de formation en informatique. Tant qu’à être, certains pourraient s’offusquer du fait qu’il existe des humoristes-citoyens tels les Yvan Piquette qui n’ont jamais fait l’École Nationale de l’humour, ni la première partie de Roméo Pérusse à la Cravate blanche, mais qui deviennent journalistes sportifs à l’emporte-pièce où simplement membre de la ligne des pLamplemousses. À mon avis, ces grands débats n’ont pas vraiment d’importance puisque la vie est ainsi faite que seuls les meilleurs survivent. Ce qui m’amène à me poser une question existentielle. La différence entre un coiffeur et un coiffeur-citoyen réside-t-elle dans le fait que les coiffeurs sont prêts à couper les cheveux en quatre afin de défendre leur légitimité?

  8. “La différence entre un coiffeur et un coiffeur-citoyen réside-t-elle dans le fait que les coiffeurs sont prêts à couper les cheveux en quatre afin de défendre leur légitimité?”

    Héhé… bonne question / analogie !

  9. @Coutu: la définition du Robert demanderait à être repensé. Si un journaliste n’est que quelqu’un qui écrit dans un journal quotidien, celui qui écrit dans un hebdo et dans un magazine n’est pas journaliste?

    En fait, vous seriez surpris de savoir combien la question de savoir “qui est journaliste et qui ne l’est pas” est une question qui revient périodiquement dans les congrès de journalisme. Les micro-débats dont le public entend parfois parler (autour de Jean-René Dufort, par exemple) ne sont que la pointe de l’iceberg.

    Mais le résultat de cette absence de définition, c’est que les distinctions que vous proposez entre journaliste et journaliste citoyen ne passent pas la rampe non plus. – La formation: une importante proportion des journalistes n’ont pas étudié en journalisme. – La carte de presse: elle n’existe pas en Amérique du Nord (au contraire de la France), on a plutôt des cartes de membres d’associations, qui n’ouvrent pas vraiment de portes. – L’imputabilité. C’est en évolution. Tôt ou tard, nous aurons des poursuites judiciaires contre les blogueurs comme il y en a eu contre les journalistes, mais chose certaine, même un “vrai” journaliste ne peut pas dire n’importe quoi sous le seul prétexte qu’il écrit dans un journal. Et quand vous dites que les journalistes sont cachés derrière un bouclier d’avocats, vous oubliez que la majorité des journalistes sont des contractuels ou des pigistes, qui n’ont aucune protection juridique de ce genre.
    – La paie. Même chose, vous oubliez qu’un pigiste gagne sa vie à l’article, et que le tarif au feuillet n’a pas bougé depuis… 40 ans!

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