Se faire tuer dans sa langue

Les Forces armées canadiennes ont décidé de ne pas permettre aux francophones d’utiliser leurs nouveaux joujoux (les sympathiques systèmes de canon mobile), parce qu’il en coûterait trop cher de traduire les manuels en français.

Selon des officiers de la grandiose armée canadienne, l’armée états-unienne « tentait de réduire la « canadianisation » des 66 véhicules afin qu’ils puissent être livrés plus rapidement et à moindre coût ». Ce qu’il faut comprendre de cette dernière explication, c’est que la seule différence entre les États-Unis et le Canada réside dans la présence d’une minorité francophone (mais ça, on le savait déjà). À moins que la « canadianisation » d’un tank réside plutôt dans le sabotage de sa mécanique, histoire que son état soit harmonisé à celui du reste de la flotte décrépite.

D’autre part, on apprenait ce dimanche que l’ami Dick Cheney avaitmalencontreusement vidé son chargeur sur un de ses potes de 78 ans lors d’une gentille partie de chasse. Sans le vouloir, Cheney aurait atteint l’éclopé millionnaire, Harry Whittington, dans la joue, le cou et dans le haut du corps (ouille). Peut-être cet événement forcera le vice-président des États-Unis à réfléchir sur le concept de « tir ami ». D’ailleurs, tout le monde devrait avoir le droit de se faire tiré dans sa langue.

Ça commence mal pour Harper

En voulant faire plaisir à tout le monde, Stephen Harper n’aura réussi qu’à se mettre à dos une partie de la population… et de ses supporters. D’abord, voilà que le chef des Conservateurs nomme au ministère du Patrimoine une unilingue anglophone, la diminutive Bev Oda, et un secrétaire parlementaire à la francophonie qui n’est même pas capable de prononcer « francophonie ». Selon Ted Menzies, « We have two official languages in this country. Not just French. not just English. We have two official languages ».

D’autre part, la nomination du vire-capot David Emerson (autoproclamé « pire cauchemar de Stephen Harper » avant de changer de côté) entaille, selon plusieurs, les valeurs conservatrices, émises dans la lointaine contrée de l’Alberta. D’ailleurs, après l’école de Chicago, l’école de Los Angeles et l’école Montarville à Saint-Bruno, voici que l’école de Calgary prend le haut du pavé, semble-t-il. Un sitea déjà fait son apparition pour demander le renvoi de M. Emerson.

Quant au Québec, on nous présente la nomination de Michael (prononcez Mi-ka-el) Fortier comme nécessaire pour que Montréal soit représenté au cabinet. Seulement voilà, il paraît que le grand Michael – ami personnel de Jean Charest – n’aura aucun lien avec la métropole :

Michael Fortier may be Montreal’s representative in the newly elected Conservative cabinet, but the Senate riding he will represent in Quebec doesn’t include any part of the city in its boundaries.

Enfin, je dois vous dire que j’ai décidé de ne pas aimer Maxime Bernier. Déjà, ses déclarations sur la nuisance que sont ces environnementalistes qui font monter le prix de la gazoline étaient d’une mauvaise foi crasse. Mais son sourire en coin au moment de jurer allégeance à la Reine d’Angleterre aura définitivement sellé l’absence de sympathie que je lui voue.

La privatisation de la sécurité

La ville de Dallas, installée dans le sympathique Texas, vient d’adopter une nouvelle loi qui oblige les compagnies de systèmes de sécurité à offrir un service de garde de sécurité. Ainsi, ce ne sera plus la police qui interviendra lorsqu’une alarme retentira à la suite d’un vol, mais plutôt les employés de l’entreprise de sécurité.

La « verified response policy » a été mise en place pour contrer le taux de 97% de fausses alarmes qui occupait beaucoup trop les forces policières. Une expérience semblable réalisée à Salt Lake City a eu pour conséquence de faire grimper le nombre de vols de 10% : « Verified response was never intended to deal with property crimes, it was intended to deal with the waste of police resources » explique une responsable de cette ville. Donc oui, le temps consacré aux fausses alertes à diminué, mais les vols sont plus nombreux. Il me semble qu’on ne s’engage pas envers les bons objectifs.

D’autre part, laisser le privé s’occuper de la sécurité publique peut engendrer plusieurs effets pervers en lien avec la responsabilisation, puisque les entreprises ne sont pas soumises aux mêmes règles que l’État. Aussi, on peut imaginer que leur dessein n’est pas la protection du public autant que la recherche du profit maximal, deux objectifs concurrents qui peuvent mener à de graves dangers. Faudrait pas que John James Charest ait l’idée d’un tel PPP par chez nous…

Roger Drolet à CKAC : Chapeau, Corus !

Ceux parmi nous qui aiment parfois tâter le pouls de la population en écoutant les subtils commentaires des auditeurs de l’émission « Bonjour la nuit » vivaient depuis quelques mois dans l’incertitude, après que le titre de l’émission avait été modifié pour « La nuit voit le jour ». L’occulte compagnie Corus avait décidé de montrer qui était le maître de cette ancienne institution qu’est la station CKAC.

Les animateurs laissés dans l’ignorance furent tout aussi surpris que nous d’apprendre, il y a deux semaines, que Jacques Fabi était muté dans la case horaire du midi, et que l’éternel Monsieur Brisson allait devoir bientôt se contenter de jouer à « Quelques arpents de piège », tout seul avec son épouse dans sa maison mobile de Fort Lauderdale. La lutte de M. Fabi pour enfin flusher M. Joseph aura finalement été futile…

Mais quelle ne fut pas notre surprise d’entendre cette nuit à la place de M. Fabi et M. Pelletier, ce fumiste de Roger Drolet, arriéré motivateur, qui expliquait à une certaine Madame Berthe que la pire des dépendances est celle qui nous lie à notre opinion, et que la priorité dans la vie n’est rien de moins que de se départir au plus saint-siffleux de ces satanée opinions qui nous empêchent d’être heureux. J’ai bien peur que nos insomniaques soient bientôt imbibés de l’absence d’opinion du Drolet, et que ce dernier y voie une chance unique de se présenter dans un comté de la Capitale Nationale à titre d’indépendant aux prochaines élections. Chapeau Corus !

De crosse et de football

Était diffusé hier, sur les ondes de Radio-Canada, un documentaire de Zone Libresur la débâcle de Nortel Networks. Malgré l’analogie enfantine entre football et milieu financier, le journaliste Guy Gendron soulève de pertinentes questions quant à l’éthique des dirigeants d’entreprises. Il eut été peut-être plus judicieux de s’inspirer (un peu plus) du documentaire « Enron : The smartest guys in the room » (à voir !), histoire de rendre le produit final plus crédible, mais bon, considérant les budgets en chute libre de l’émission, soyons conciliants.

Il faut dire que dans une autre vie, l’auteur de ces lignes fut un observateur privilégié de la chute de la plus grosse entreprise canadienne. À l’époque, c’était le bonheur chez Nortel. Sur les murs, on nous affirmait fièrement que « L’autoroute de l’information commence ici, à Saint-Laurent », rien de moins. La caféteria du nouveau bâtiment futuriste nous offrait quotidiennement notre sandwich au fromage bleu et un délicieux pâté chinois. La compagnie nous amenait dans les confins de la Caroline du Nord pour ne rien faire de plus que de se moquer de nos patrons un peu trop états-uniens en sirotant quelques Heinekens. Un ordinateur portable nous était fourni pour aucune raison particulière, puisqu’on ne travaillait pas trop de la maison. Mais bon, c’était dans l’air du temps et le tout s’est arrêté plutôt brusquement quand les hauts dirigeants ont commencé à nous pelleter à grand coup de sans préavis par la porte coulissante de la douillette bâtisse.

Afin que leurs actions prennent de la valeur avant de les vendre au gros prix, les crosseurs de la haute se sont amusés à inventer de nouvelles règles comptables qui camouflaient les pertes gigantesques de la compagnie. John Roth, Frank Dunn et autres big shots se la coulent maintenant douce autour d’un bon scotch sans se soucier de se faire chicaner. C’est que contrairement aux États-Unis (qui l’ont l’affaire), ici, on ne punit pas nos fraudeurs. Dommage, j’aurais bien aimé voir le Rotteux avec des menottes comme ses homologues de Enron ou Tyco…