Un documentaire assez fascinant de la BBC.
Censure, MC Gilles, RBO, etc
La question de la censure en humour fait l’actualité cette semaine. La nostalgie autour de RBO et de leurs 30 ans y est sans doute pour quelque chose. Il fut un temps où il était plus facile de rire des artistes, où l’humour politique pullulait et où les compagnies pouvaient servir de cibles sans risques de poursuites.
MC Gilles qui vient de terminer sa saison de Boutique MC Gilles s’est d’ailleurs plaint de n’avoir pas pu faire le show qu’il voulait :
Il avoue qu’il n’a pas réalisé l’émission qu’il aurait voulu faire. Qu’il a été victime de censure de la part du département légal de V Télé qui lui demandait de ne pas mentionner des marques de commerce reconnues au Québec dans ses sketches. Bref, qu’il a touché à un des derniers tabous en humour; on ne fait pas de blagues sur les produits et les marques de commerce. On peut rire de tout, de la politique, des obèses, de la religion, des vieux, des roux, mais pas des compagnies. Parce que ces compagnies sont (ou peuvent être potentiellement) des acheteurs de publicités sur les ondes. Et parce qu’il semble que les avocats contrôlent de plus en plus le contenu télévisuel…
Je n’ai pas de doute que la réalité soit ainsi, mais ça me fait me poser des questions sur notre Sportnographe. Notre section “capsules” est remplie de parodies de publicités qui ridiculisent des marques (ou des partis politiques).
Pourquoi on nous laisse faire ? Parce que la radio de Radio-Canada ne diffuse pas de publicités et que les annonceurs ne peuvent pas faire de menaces ? Parce que notre auditoire relativement restreint nous protège ?
Sans doute un peu des deux. Fak dites-le à personne qu’on fait ça ok… parce que c’est quand même assez le fun.
La droite et son système parallèle
David Frum, qui n’est assurément pas un “sale gauchiste”, s’inquiète du sort des Républicains qui ont entre autres bâti un “système médiatique parallèle avec ses propres faits, sa propre histoire et ses propres règles économiques” :
But the thought leaders on talk radio and Fox do more than shape opinion. Backed by their own wing of the book-publishing industry and supported by think tanks that increasingly function as public-relations agencies, conservatives have built a whole alternative knowledge system, with its own facts, its own history, its own laws of economics. Outside this alternative reality, the United States is a country dominated by a strong Christian religiosity. Within it, Christians are a persecuted minority. Outside the system, President Obama—whatever his policy errors—is a figure of imposing intellect and dignity. Within the system, he’s a pitiful nothing, unable to speak without a teleprompter, an affirmative-action phony doomed to inevitable defeat. Outside the system, social scientists worry that the U.S. is hardening into one of the most rigid class societies in the Western world, in which the children of the poor have less chance of escape than in France, Germany, or even England. Inside the system, the U.S. remains (to borrow the words of Senator Marco Rubio) “the only place in the world where it doesn’t matter who your parents were or where you came from.”
Est-ce que c’est ce qu’on commence à voir ici avec les Duhaime, Dumont, Elgrably et autres Martineau ? Du haut de l’observatoire du jambon moderne qu’est le Sportnographe, où l’on écoute beaucoup ces gens discuter, on a l’impression que oui.
Suranalyse : Le placard de David Testo
Tout le monde sait que le sport est un excellent vecteur de changements sociaux. L’actualité récente nous l’a encore une fois démontré avec la sortie de David Testo, ancien joueur de l’Impact et homosexuel (dans le désordre).
Il faut dire que la sortie de Testo s’insère dans un débat plus large sur les “coming out” de personnalités publiques. Ces dernières devraient-elles se dévoiler pour aider la “cause” ? La question a fait l’objet de débats chez Catherine Perrin, Guy A. Lepage, Benoît Dutrizac et chez quelques chroniqueurs de La Presse.
Certains estimeraient même qu’il faut dévoiler l’orientation des vedettes malgré elles. Du moins, c’est ce qu’a entendu Mario Dumont “dans la discussion”, sans toutefois en être témoin : “euh, ça j’suis pas témoin de ça, mais j’entends ça dans la discussion, c’est qu’y’a des groupes très très militants assez extrémistes qui menacent des personnalités publiques en disant, regarde, nous on a besoin de gens qui portent le flambeau, pis si tu le dis pas, on va le couler tu comprends ?”, a-t-il déclaré au micro du FM93 de Québec.
Nous n’avons pas trouvé trace des extrémistes susmentionnés “dans la discussion”. Mais les auditeurs de Mario Dumont (un homme qui est passé proche de devenir notre Premier ministre) se disent probablement que s’il le dit, c’est que ce doit être vrai.
Quant à Testo, aucun extrémiste hystérique ne l’a forcé à se dévoiler et sa sortie a eu un impact international… en tout cas, au moins jusque dans une sous-section d’un site états-unien. C’est ce que nous a tartiné Jean-Charles Lajoie chez TVA Sports : “on trouve cette nouvelle sur le site ESPN.com, lorsqu’on va dans la section soccer, la deuxième nouvelle en importance, David Testo says he is gay. Alors on voit que ça se promène partout dans le monde, ça fait grand bruit, ça trouve écho aux quatre coins de la planète…”, a affirmé Lajoie.
C’est ce qu’on appelle “rayonner”.
Mais qu’en est-il du seul vrai sport qui intéresse l’expert de salon de chez nous, c’est-à-dire Canadien (et accessoirement le reste de la LNH) ? Et bien aucun joueur n’est encore sorti du placard.
Georges Laraque avoue n’en avoir croisé qu’un seul dans toute sa carrière et ça ne paraissait même pas qu’il était gai : “t’aurais jamais pensé, pis pour moi, moi c’est comme si tu buvais un verre d’eau, ça me dérangeait pas du tout, pis quand y m’a dit ça, même que j’ai oublié par après, tsé c’était pas quelque chose qui était important du tout”. Est-ce que le “gaydar” de Laraque serait défectueux ou bien est-ce que le hockey est un domaine moins propice aux mariages de mêmes sexes ?
Suite à un commentaire de Laurent Paquin qui estimait qu’il était impossible qu’il n’y ait pas d’homosexuels dans la LNH, Joël Bouchard élaborait justement cette théorie des “secteurs d’activité propices” : “bin ça s’peut pas qu’y’en ait pas… je sais pas ! J’sais que c’t’un pourcentage de la population, mais faut être d’accord que y’a certaines (sic) secteurs d’activité que y’en a plus, que le pourcentage est plus haut, y’en a qu’y’en a moins”. On peut supposer que les secteurs dont parle Bouchard mettent en valeur des habits en lycra et autres froufrous pailletés.
Heureusement, comme toujours, il y a Réjean Tremblay pour faire tomber ce genre de préjugé. Comment ? En mettant en scène un hockeyeur homosexuel dans le prochain Lance et compte.
D’ailleurs, Réjean jure que ça n’a pas changé grand-chose à son écriture. Pour lui, une scène de cul est une scène de cul. S’agit juste de tamiser les lumières comme du monde : “moi je dis que le critère suprême sais tu quoi, c’est la beauté… si c’est bien tourné, avec un éclairage… t’as sans doute remarqué qu’un éclairage orangé rend les scènes beaucoup plus douces.”
Bref, le coming out de Testo aura permis à nos experts sportifs de discuter en profondeur (mettons) de la position sans doute difficile des sportifs professionnels homosexuels et peut-être de faire avancer le débat… juste avant de retourner dans leurs discours plutôt machistes sur l’importance d’aligner un goon sur le quatrième trio.
Chevauchement de fêtes commerciales
Suranalyse : La biographie de Georges Laraque toute en profondeur
L’écoute de 27 heures d’émissions sportives par semaine me laisse peu de temps pour faire autre chose comme sortir dans les bars puis vomir ou encore, réfléchir à des affaires (en général). Il en faut donc beaucoup pour me faire sortir de mes habitudes et me faire lire autre chose que des textes de 140 caractères.
Je l’avais fait pour l’excellent “Dans les coulisses de 110%” qui dépeignait avec beaucoup de sensibilité les hauts et les bas (surtout les bas) de cette émission culte, à la manière des Belles soeurs de Michel Tremblay, comme l’expliquait brillamment le critique littéraire Jean-Charles Lajoie à l’époque.
Je quitte aujourd’hui ma routine pour commenter le majestueux “La force d’y croire” la biographie très autorisée de Georges Laraque.
Ce n’est bien sûr pas l’ancien goon lui-même qui a écrit le livre. À la question “scuse le jeu de mots, mais ça été qui le nègre, celui qui l’a écrit pour toi là ?”, posée avec beaucoup de tact par Jean Perron lors de l’émission Le Match à TVA Sports, Georges Laraque a répondu que c’était Pierre Thibeault qui avait tenu le clavier pour lui.
Mais Laraque est habitué aux maladresses comme celles de Jean Perron. Dans son livre, on retrouve environ 643 fois le mot “racisme”. Il se réclame d’ailleurs de Jackie Robinson qui est son idole même s’il trouve le baseball plutôt ennuyant comme sport.
En fait, il trouve aussi le hockey un peu plate, il préférait le football et le soccer, deux sports où il excellait, mais a choisi le hockey parce que, et je cite “c’est là que j’ai un rôle à jouer”. Cet homme s’est sacrifié pour faire avancer la cause des noirs dans le hockey, un peu comme Jésus l’a fait dans l’excellent roman The Bible.
D’ailleurs, rien de ce qui est arrivé dans la vie de notre héros n’est le fruit du hasard et tous ses revers sont intentionnels. Comme le Monte-Cristo de Dumas, il a méticuleusement planifié son ascension pour venger ses ancêtres.
Son père le battait ? Pas grave, il choisit tout de même d’habiter avec lui parce qu’il jugeait avoir besoin de discipline.
À l’école ? Il fait exprès pour couler ses cours au prestigieux Collège Brébeuf afin d’être muté dans une autre école où le calibre de hockey est meilleur.
Le coach veut le garder après son premier camp chez les Oilers ? Il répond non, “je dois parfaire mon jeu”. Afin de sauver les animaux de la planète, pourrait-on ajouter. Il avoue toutefois avoir menti à cet entraîneur, expliquant qu’il avait demandé à être rétrogradé parce qu’il avait peur de Dave Brown, le champion dur à cuire de la LNH. DIsons que c’est compréhensible.
Le seul préjugé qu’il n’a pu vaincre est celui de la visière complète dans la LHJMQ. Son père ayant refusé de signer l’autorisation pour qu’un jeune de son âge débute précocement dans cette ligue avec une demie-visière, il sacrifie une année complète afin de ne pas faire rire de lui derrière une visière complète. Un autre héros devra mener ce combat…
Évidemment, les bagarres coulent à flot dans cette biographie toutefois moins sanglante qu’on aurait pu le croire. C’est que Laraque aborde toujours la question avec un grand respect :“je n’écrirai jamais que j’ai gagné un combat ou que j’ai donné une volée à tel ou tel joueur, même lorsque ce fut le cas. Je me contenterai de dire que le combat s’est bien déroulé. Vous ferez le lien vous-même”, ce qui revient un peu au même, avouons-le.
Parmi ses batailles mémorables, celle contre Rob Ray : “je lui ai donné une quarantaine de coups de poing, il ne m’a pas touché une fois” ainsi que celle contre Dave Morissette : “ça se passa très bien pour moi, la mare de sang sur la glace ne provenait nullement d’une quelconque partie de mon anatomie.”
Dit-il qu’il a gagné ces batailles ? Non. Voilà un homme respectueux.
Respectueux, mais peu superstitieux. Il a entretenu une seule routine dans sa carrière, à l’époque où il évoluait avec les Oilers d’Edmonton. Avant de faire son entrée sur la patinoire, son coéquipier Shawn Horcoff devait absolument lui dire “Hello Clarisse” à la manière d’Hannibal Lecter dans le Silence des agneaux. Laraque n’a pas peur du ridicule (sauf pour ce qui est des visières) comme en fait foi son goût pour les robes de mariées.
D’autre part, Laraque raconte qu’il a perdu deux fois en finale de la Coupe Stanley. Il trouve que la scène dans le vestiaire après la défaite était terrible. Je cite : “Comparé à ce tableau, le radeau de la méduse de Géricault ressemble à une joyeuse scène de bal”. C’est d’ailleurs ce qu’il aurait déclaré à Renaud Lavoie après cette défaite : “ouais, euh, c’est pire que l’radeau d’la méduse icitte”.
On apprend aussi que Laraque est un grand amateur d’art puisqu’il ne voyage jamais sans sa machine de karaoké et son micro. Et contrairement à bien des artistes, il n’a jamais pris de drogue même s’il estime qu’il y en a en tabarouette dans la LNH.
Il prévient toutefois le lecteur qu’il ne nommera personne : “je n’aime pas les délateurs, je n’en deviendrai certainement pas un ici”. Évidemment, cette affirmation vient un peu en contradiction avec le fait qu’il parle parfois avec un stool dans le vestiaire de Canadien avant de rapporter ses propos devant la centaine de téléspectateurs de TVA Sports. Mais même Jésus a fait des erreurs.
C’est que Georges a toujours eu quelques problèmes avec les médias. Il dit que le seul journaliste qu’il respecte est Réjean Tremblay, “parce qu’il écrit avec conviction sans se laisser influencer politiquement par quiconque”. Bon, il se laisse influencer économiquement, mais ça, c’est une autre histoire.
Pour ce qui est des autres experts sportifs, il admet avoir eu maille à partir avec certains comme Ron Fournier, Gabriel Grégoire, Jean-Charles Lajoie et Michel Villeneuve. Il s’est toutefois réconcilié avec ces deux derniers. Il estime aussi que “l’un des pires poisons que la presse sportive montréalaise a porté en son sein s’appelle Bertrand Raymond”, sans préciser pourquoi. Enfin, il aime bien vanter les lumières de “l’illustrissime Don Cherry”.
On découvre aussi en Laraque une sorte de grenouille de bénitier, mais qui ne sait pas toujours dans quel bénitier se tremper. Après avoir vu le film Malcom X, il devient musulman. Après il a essayé d’être témoin de Jéhovah, bouddhiste et juif. Denis Lévesque lui a d’ailleurs demandé “pourquoi vous vous êtes pas converti au judaïsme ? Vous dites j’étais tout près… à cause de la circoncision ?”, ce à quoi le principal intéressé à répondu qu’il l’était déjà, circoncis. Un autre scoop de Denis Lévesque.
Mais n’oublions pas que Georges Laraque est aussi un évangéliste végétalien (ça sonne bien). C’est après avoir vu un film (encore) où il a appris que les animaux que nous mangeons ne sont pas ceux qui meurent de vieillesse que Laraque s’est converti à la salade de tofu. Toute une révélation.
Il estime depuis que les hommes ne se respecteront pas entre eux tant qu’il ne respecteront pas les animaux : “Je lisais d’ailleurs que les tueurs en séries ont d’abord été des enfants qui maltraitaient les animaux”. CQFD.
Voilà donc le parcours d’un homme qui, un peu à la manière des petits jumeaux dans Le grand cahier d’Agota Kristof, s’est fait du mal afin de s’endurcir pour mener à bien sa destinée de protecteur des animaux, pourfendeur du racisme, prêcheur et promoteur de la bataille au hockey.
Laraque n’a que 36 ans et il lui reste bien des choses à accomplir. Bien hâte de lire la suite de cette biographie dans dix ans…
Suranalyse : Le vestiaire de Jacques Martin
Les choses évoluent vite dans le monde de Canadien. Jusqu’à mercredi dernier, en raison d’un horrible début de saison, la planète surmédiatique était en crise. Jean-Charles Lajoie expliquait même à un Benoît Dutrizac médusé que de nombreuses choses allaient mal au Québec, avec en tête, sur un pied d’égalité, “tout ce qui peut se passer dans les tractations au niveau de la construction et de l’octroi des contrats, mais y’a aussi la situation du Canadien”. Ok, “bye”, allait conclure Dutrizac suite au laïus de son collaborateur dont il trouvait la poésie moins drôle qu’en général.
La “patente” d’enquête et les déboires de Dany d’Occupation Double n’étaient à ce moment rien à côté de la déconfiture de Canadien. C’est que voyez-vous, il n’existe pas de chaîne spécialisée en commission d’enquête alors qu’il en existe deux en Canadien.
C’est sur l’une d’elles, TVA Sports, que la question de l’avenir de Jacques Martin fut posée en premier. Disons que notre ami Georges Laraque a un agenda caché plutôt mal caché : “ça n’a rien à voir avec le fait que je l’aimais pas ou que je l’aimais pas… j’fais juste te parler du point de vue de qu’est-ce qu’y’a gagné”. Laraque ne s’en prend pas à Martin parce qu’il ne l’aime pas, ni parce qu’il ne l’aime pas. Tirez-en vos propres conclusions.
À l’émission Le Match sur le même réseau, on se gardait bien de vouloir parler trop rapidement de l’éventuel congédiement du coach. “Tu vas être honnête là, y’a personne qui parle de congédiement, y’a personne, y’a personne qui va parler de congédiement ici, y’a personne qui va avoir la tête de Jacques Martin”, promettait l’animateur Dave Morissette à Enrico Ciconne… 33 secondes avant d’annoncer la “Question Vidéotron” du jour : “est-ce qu’un changement d’entraîneur est la solution aux problèmes du Canadien.”
Au “5 à 7” de RDS, les animateurs Yannick Bouchard et Frédéric Plante se sont faits plus raisonnables en préparant une pièce de théâtre qui devrait être en nomination au prochain gala des Masques. Quatre minutes sur la thématique de la panique anticipée : “allo les pièces ? c’est Frédéric en compagnie de Yannick ici, Chantal aussi… on voulait savoir, est-ce que c’est possible de faire livrer un bouton panique, ou du moins en commander un ?”. Pas de stress pour l’instant donc, mais commencez à stocker des vivres.
À l’antichambre, Michel Bergeron, lui, l’avait déjà reçu son “bouton panique” : “la maison est en feu là!”, postillonnait-il. Il faut dire que la position enviable de Travis Moen au sommet du classement des pointeurs de l’équipe avait sonné l’alarme des experts. Il n’y pas de fumée sans feu.
Avant le match contre les Panthers, la grogne se faisait aller plutôt intensément. C’est à ce moment que Réjean Tremblay a tenu à remettre les pendules à l’heure quant à l’origine de la crise lors de sa chronique chez Paul Houde : “faut pas qu’on se flatte trop la bedaine, mais c’est à cette émission-là qu’on a commencé à poser des questions en premier hein”. 33 secondes après avoir pris le crédit d’être celui qui avait mis le feu à la maison, il implorait toutefois le peuple de se calmer : “avant de crier à la panique, avant de hurler au putois, comme un putois, on va attendre un peu là !”
Heureusement, au travers de tous ces cris de détresse, certains experts avaient des solutions à proposer. “Il y a une solution : il faut retrouver le chemin de la victoire”, estimait Mario Tremblay à CKOI. Quant à Richard Labbée, perdu sur les ondes de CHOI Radio X, sa suggestion était un peu plus terre à terre : “Jacques Martin ne peut pas faire grand-chose, honnêtement, il doit espérer que ça se replace, il doit se croiser les doigts”. Voilà de judicieux conseils.
Après la défaite contre la Floride, l’angoisse chez les experts et les amateurs était à son paroxysme. D’autant plus qu’elle survenait juste après qu’un Georges Laraque déguisé en journaliste d’enquête révélait en exclusivité chez TVA Sports qu’il avait parlé à un mystérieux joueur qui lui aurait dit que le vestiaire de Jacques Martin était en perdition. Selon Laraque, un entraîneur peut être aimé ou pas aimé, mais pour ce qui est “d’un respect”, c’est complètement différent. Et ledit respect n’était plus totalement au rendez-vous.
Surtout que toujours selon la taupe de Laraque, il y aurait un rat dans le vestiaire (on dit aussi que Pacioretty serait fort comme un boeuf) : “tsé les entrevues que Mathieu Darche fait, il parle beaucoup de ce que le coach a déjà dit… pis tsé souvent quand t’as une bonne relation avec l’entraîneur, les joueurs regardent ça un peu, c’est un petit peu téteux comme on dit”. Un joueur de Canadien qui sort la cassette en entrevue ! Voilà une attitude qui doit effectivement bousculer les habitudes de l’équipe.
D’ailleurs, après la défaite contre les Panthers, Erik Cole semblait sur le bord de la dépression en entrevue d’après-match. À la télévision, Jean-Charles Lajoie jubilait à l’idée de pouvoir enfoncer une fois de plus un clou dans la tombe de Jacques Martin. “M. Molson, vous avez laissé les hommes de hockey de votre organisation s’isoler, se recroquevillant en un groupe hermétique, vous avez permis à Gauthier et Martin de se peinturer dans l’coin, vous avez désormais le devoir de procéder à un ménage qui sera aussi important qu’improbable, mais qui devient incontournable”, expliquait Lajoie, ce qu’on aurait pu traduire, en enlevant les mots superflus par “M. Molson, vous avez laissé Gauthier et Martin faire, vous devez maintenant les renvoyer”.
Molson, sans doute à l’écoute de TVA Sports, n’a pas tardé à ne rien faire. C’est plutôt Pierre Gauthier qui le lendemain congédiait le pauvre Perry Pearn, un geste qui allait le faire passer pour un génie de la trempe de Steve Jobs et/ou Léonardo Da Vinci puisque Canadien allait gagner ses trois matchs suivants. Tout va maintenant pour le mieux dans le meilleur des mondes de Canadien.
Suranalyse : Subban nous tient par les patates frites
Je fais un petit test : convertir une de mes chroniques au Sportnographe en chronique écrite. Est-ce que ça en vaut la peine ?
Vous connaissez le talent certain que j’ai à laisser la poussière retomber sur une nouvelle afin de l’analyser avec tout plein de perspective n’est-ce pas ? Non, je ne vous parlerai pas cette fois du congédiement de Guy Carbonneau comme entraîneur de Canadien, mais bien de la scarmouche entre Max Pacioretty et P.K. Subban à l’entraînement l’autre jour, un événement qui a presque changé le cours de l’histoire, contrairement au “chandail-à-terre-gate”, ce scandale impliquant Subban qui aurait lancé son chandail par terre dans le vestiaire.
Non, comme l’explique Dany Dubé, ce n’était même pas une histoire.
- Évidemment y’avait eu l’incident avec gill l’année dernière avec le chandail, là y’a ça, Pacioretty
- Ouais mais ça y’en a pas eu d’incident là… ça c’est les gens qui ont rapporté qu’y’avait eu un incident
Vous voyez la subtilité ? Ça été un événement inventé de toutes pièces par les créatifs de RDS. La scarmouche entre Subban et Pacioretty, ça c’est une histoire, malgré ce qu’en pensent… Georges Laraque :
Mais sérieusement, j’trouve qu’on fait trop un gros plat avec ça.
Steve Bégin :
On n’a pas vu d’intensité, on n’a pas vu d’énergie… on en a là… c’est pourquoi qu’on en fait un si gros plat ?
Jérémy Rainville :
Rien pour écrire à sa mère, mais m’a te dire une chose, y’a beaucoup d’intensité pis j’pense que les gars ont hâte de débuter la saison.
Je pourrais continuer comme ça sur des pages et pages. Tous les experts ont expliqué qu’il n’y a pas de quoi écrire à sa mère, parce que de toute façon, leurs mères écoutent probablement la télé et ils ne parlent que de ça.
Certains diront que Pernell Karl est souvent au centre de ces controverses. C’est que voyez-vous, Subban est un être paradoxal… d’un côté il est la gazoline de Canadien, comme le disait Réjean Tremblay :
- Pis P.K. Subban, de toute façon là, c’est l’or noir du Canadien ça…
- comment ?
- l’or noir c’est vrai
- oui
- c’est bien dit
- voilà
- oui bin merci beaucoup.
…et de l’autre côté, il est un pyromane, comme l’expliquait Jean-Charles Lajoie à Benoît Dutrizac :
- Chaque fois qu’y’a quelque chose, qu’ya un foyer d’incendie quelque part, y’est jamais bin bin loin de l’allumette.
- c’est un pyromane.
- c’est le pyromane de cette équipe.
De l’essence, des allumettes… kaboum ! C’est ce qu’on appelle un cocktail explosif.
Vous savez à qui ça fait penser tout ça ? Un leader charismatique qui a su mener une révolution pour sortir le peuple québécois de son marasme ? Non, pas Stephen Harper.
Maurice Richard, plutôt. C’est Ron Fournier qui le dit, ça doit être vrai en calvasse :
Pis j’vous le dis là, un moment donné ils vont le prendre pis y vont le calvasser dans les gradins… y vont dire, tu joues pas un match… ça va être l’émeute comme Maurice dans les années 50 à Montréal…
Mais dans tous les cas, qu’est-ce qui explique la folie passagère de ces joueurs qui se sont chamaillés un petit peu ? Le psychologue Joël Bouchard a une explication :
Pensez-vous que c’est les 700 joueurs les plus talentueux qui jouent dans la ligue nationale ? non, c’est les 700 qui ont la conception mentale de ce que ça prend être un joueur de hockey dans ligue nationale… tsé si tu commences à te faire manger la laine sul dos, ça marche pas… c’est pas la mentalité d’un joueur de hockey.
La conception mentale du joueur. Voilà. Le joueur de hockey a toujours dans sa tête un jambon qui fait tic tac tic tac tic tac…
Il est une vraie machine humaine, comme le dit Michel Langevin.
Ces gars-là, c’est des machines d’émotion, c’est des machines de travail humaines, physiques, et c’est normal qu’un moment donné, on se bouscule pis que l’émotion prenne le dessus.
Il est normal qu’une machine d’émotion s’enraye à l’occasion. C’est juste positif.
De toute façon, même si c’était négatif, Canadien aurait bien de la misère à contrôler les ardeurs de ses machines humaines, particulièrement dans le cas de P.K. Subban qui tient l’équipe et les partisans par… les patates frites, comme l’explique Ron Fournier.
Y tient son entraîneur par les patates frites et aussi un peu tout le monde par les patates frites, le public, parce que le public l’adore, le public l’aime… lui il le sait ça, 22 ans, yé intelligent… des fois c’est dangereux d’être trop intelligent et brillant.
On sous-estime trop souvent les dangers d’être trop intelligent.
Et comment finit cette histoire, Martin McGuire ?
Les deux se sont mis à rire.
Hahahahaha !
Si vous voulez mon avis, il ne fallait pas en faire tout un plat.
Steve Jobs : comme John Lennon, mais pas vraiment
Les réalisations de Steve Jobs méritent d’être soulignées. Il est celui qui a rendu accessibles de nombreuses technologies qui nous facilitent aujourd’hui la vie. “Accessible” comme dans “pas besoin d’être un geek pour comprendre”. Il n’a rien inventé, mais a réussi à améliorer des inventions afin d’offrir le meilleur produit possible. Mais il a surtout réussi à vendre ces produits grâce à un sens du marketing assez pas pire.
Bref, chapeau pour ça.
Mais me manque-t-il un bout de la biographie de Steve Jobs pour comprendre la vénération dont il fait l’objet depuis sa mort ? “C’est un peu comme quand John Lennon est mort” a dit quelqu’un. “Je ne suis pas capable d’arrêter de pleurer”, ai-je lu sur Twitter. Sans compter les gens qui se sont rendus devant la Boutique Apple pour allumer des lampions. Des lampions. Devant une boutique.
On célèbre ici un président d’entreprise. Un vendeur quoi. Oui, il vendait de maudits bons produits. Mais il n’oeuvrait pas à faire la paix dans le monde (par exemple). Il oeuvrait à mettre de l’argent dans ses poches. Un objectif tout à fait louable par ailleurs. C’est juste bizarre de voir les gens ne pas se rendre compte qu’ils célèbrent quelqu’un parce qu’il est bon à faire de l’argent.
Les gens ont beaucoup de difficulté à mettre les choses en perspective. Est-ce parce qu’on n’a pas suivi suffisamment de cours d’histoire ? Lors du décès de Jack Layton, j’ai lu sur Twitter que “les Canadiens allaient se souvenir ce qu’ils faisaient quand Layton est mort comme les Américains se souviennent de ce qu’ils faisaient quand Kennedy est mort” (ça n’entre pas en 140 caractères, mais ça ressemblait à ça). Euh, non. Layton n’est pas Kennedy (même Kennedy est peut-être over-raté un peu).
Dans le concert d’apologies de Steve Jobs se noient quelques voix discordantes. Rima Elkouri dans La Presse de samedi m’a un peu rassuré :
«Think different», nous disait une pub d’Apple qui utilisait habilement des images révolutionnaires. On y voyait défiler des gens qui ont changé le monde, dont Gandhi et Martin Luther King. «Les gens qui sont assez fous pour croire qu’ils peuvent changer le monde sont ceux qui y arrivent», disait la pub. En tentant de penser différemment, comme Apple nous ordonne de le faire, on finit peut-être par penser comme tout le monde. On ne peut s’empêcher de songer au génie de Jobs, enfant adopté, décrocheur entêté, qui, dans le garage de sa maison, a créé l’une des entreprises les plus florissantes de la planète. Une entreprise, aussi habile qu’une secte, qui a réussi à nous faire croire qu’en achetant un logo de pomme, on achetait finalement un état d’esprit. Et peut-être même une révolution…
Révolutionnaire, Steve Jobs? Ça dépend bien sûr de quelle révolution on parle. Mais il me semble plus juste de le qualifier d’as du marketing. Le hisser sur un piédestal comme s’il était Gandhi ou un prix Nobel de la paix a quelque chose de profondément troublant. D’autant plus que, dans le concert d’éloges suivant sa mort, on a balayé un peu vite le côté plus sombre d’Apple, le ver qui grugeait la pomme. Le peu d’égards que Steve Jobs semblait avoir, par exemple, pour le bien-être des ouvriers fabriquant ses produits en Chine. L’an dernier, l’usine de Foxconn, à Shenzhen, a été surnommée l’usine du suicide après que 14 employés s’y furent donné la mort. Des jeunes de 18 à 25 ans, travailleurs migrants ruraux sans espoir, se sont jetés par la fenêtre les uns après les autres.
Voilà. Merci.
Glutenberg et marketing
Mon petit (mais grand) frère Julien a démarré récemment une brasserie, les Brasseurs sans gluten, avec son ami David. Évidemment, les moyens sont inexistants, alors pas question d’acheter un panneau pour faire la promotion de la Glutenberg sur le pont Jacques-Cartier.
C’est là que les réseaux sociaux deviennent utiles, surtout pour un produit de niche comme une bière destinée aux personnes intolérantes au gluten (mais très bonne pour les autres, par ailleurs).
Le marketing de la Glutenberg se fait presque exclusivement sur Facebook, le bouche à oreille des temps modernes. Avec seulement un peu plus de 400 “fans”, la rumeur de la Glutenberg se répand à tel point que les Brasseurs sans gluten ne satisfassent pas à la demande.
Ce sont là 400 personnes très bien ciblées qui vont assurément se garrocher au dépanneur le plus près pour goûter à cette nouvelle bière conçue spécifiquement pour eux…


