Un TGV entre Montréal et Trois-Rivières ?

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, relance le débat sur l’implantation de service de train à grande vitesse au Québec en proposant l’implantation du ligneentre la métropole et Trois-Rivières. La firme Canarail a été mandatée pour examiner « les courbes du réseau actuel de même que les passages à niveau afin de vérifier si un train à haute vitesse, roulant à 200 km/h, pourrait circuler sur les rails du réseau ferroviaire de Trois-Rivières ». L’idée d’instaurer une ligne de TGV au Québec refait périodiquement surface, et toujours, le débat sur le corridor à emprunter enflamme les discussions. Après que Jean Drapeau eut lancé l’idée d’un TGV Montréal-New York, de nombreux projets ont été proposés :

1985 : On juge le projet trop coûteux et risqué sur la ligne Montréal-NY.

1989 : On propose un TGV sur la ligne Montréal-Toronto et des études de préfaisabilité sont réalisées par les principaux joueurs intéressés au contrat… Bombardier et Alstom (qui s’appelait GEC Alsthom à l’époque)

1990 : Le parti civique relance l’idée du TGV Montréal-NY.

1991 : Jean Garon déclare qu’un Québec souverain aurait intérêt à établir un lien avec « la plus grande force industrielle au monde » en établissant une ligne de TGV Montréal-NY.

1996 : Lucien Bouchard abonde dans le même sens que la CSN et la FTQ pour vanter le projet d’un TGV vers Toronto : « Si j’étais premier ministre fédéraliste du Canada – c’est imaginaire – je me dirais que je lancerais le TGV. Je voudrais prouver à tout le monde que le fédéralisme, c’est bon. Et je voudrais recréer les conditions originales de la création du fédéralisme : les grandes lignes de chemin de fer qui ont uni le Canada d’un bout à l’autre. C’est toute une mythologie qui est rattachée à ça ».

1996 : Des experts évaluent qu’un TGV Montréal-Québec ne pourrait pas être rentable.

2001 : Pierre Bourque relance l’idée d’un train rapide entre Montréal et New-York et Sylvain Vaugeois déclare que l’avenir de l’économie du Québec passe par un TGV Montréal-New York. Des experts doutent toutefois que le projet n’aboutisse avant 20 ans.

2003 : Le débat se développe entre tenants d’une ligne Montréal-NY et ceux d’une ligne Québec-Windsor, ce dernier projet ayant refait surface.

Selon Luc-Normand Tellier, directeur du département d’études urbaines de l’UQAM, « à l’échelle du continent, l’axe Québec-Montréal-Toronto-Windsor est marginal depuis déjà longtemps ». Il faut plutôt penser rapidement à connecter Montréal à laconurbation formée par Washington, New York, Philadelphie et Baltimore. Il s’agirait donc de relier Montréal au bassin de 31 millions d’habitants formé par ces mégapoles.

D’autres, comme Yvan-M. Roy, Avocat et conseiller en matière de tourisme ferroviaire, croient que ce type de projet ne peut être mis de l’avant sans subsides gouvernementaux, ce qui rend la ligne Québec-Windsor beaucoup plus crédible : « Il est à prévoir que la participation du financement fédéral canadien sera difficile dans le cas du TGV Montréal-Washington. La justification sera plus facile à établir dans le cas du TGV Québec-Windsor ».

À la lumière de cet historique des projets de TGV passant par Montréal, on peut dire que le débat se fait autour des retombées économiques, de la rentabilité et du financement des diverses options. On pourrait ajouter que, par exemple, une ligne Québec-Montréal aurait peut-être des effets bénéfiques sur la relation tendue entre les deux villes.

En définitive, on peut se demander comment un train rapide entre Montréal et Trois-Rivière peut se justifier. À vue de nez, la ligne serait difficilement rentable et contribuerait marginalement à l’économie. Il faudrait cesser de penser à raccorder des bouts de chemins de fer disparates et résolument planifier globalement pour faire de Montréal le noeud d’un réseau ferroviaire qui se respecte. En attendant, au Japon, on installe des trains à sustention magnétique

Financement 2.0 ?

Les innovations sociales engendrées par les nouveaux moyens de communication sont nombreuses. Plusieurs outils facilitent la collaboration et les interactions entre personnes qui n’auraient pas nécessairement le loisir de travailler ensemble. Le commerce électronique prend aussi de plus en plus d’importance. Au Canada en 2004, les ventes en ligne ont augmentées de 49,7% pour atteindre 28,3 milliardsde dollars.

De nouveaux projets prometteurs ont récemment vu le jour en ce qui a trait au commerce électronique, ou plutôt au financement en ligne. Un court encadré de la dernière édition de Wired (pas encore disponible sur le Web) présentait Prosper, un espace en ligne permettant à des particuliers d’emprunter ou de prêter de l’argent à d’autres personnes en se soustrayant à la nécessité de transiger avec une banque selon les taux fixés par cette dernière.

Supposons que vous vouliez emprunter quelques milliers de dollars pour financer l’achat d’une piscine. Il suffirait d’inscrire votre demande sur Prosper en précisant le montant nécessaire et le taux d’intérêt auquel vous êtes prêt à vous soumettre. Plusieurs prêteurs proposent des montants selon un taux qu’ils sont prêts à soutenir, jusqu’à ce que le temps de l’enchère soit terminé. À la fin, les sommes offrant les taux les plus bas sont combinées pour former le prêt total qui devra être remboursé en trois ans sur une base mensuelle et débité automatiquement du compte de l’emprunteur vers ceux des prêteurs. Comme si vous faisiez appel à une banque, une cote de créance vous est attribuée et peut varier selon la fiabilité de vos versements. Vous pouvez même vous joindre à des groupes d’emprunteur afin d’obtenir de meilleurs taux d’intérêt en augmentant votre cote.

Une autre initiative dans la même veine, mais à caractère humanitaire a aussi vu le jour. Il s’agit de Kiva, qui permet de prêter des petites sommes d’argent à des entrepreneurs de pays en voie de développement. Le prêteur choisit une entreprise à qui il veut prêter de l’argent à l’aide d’une carte de crédit. Kiva transfère les fonds à un partenaire local qui les redistribuent aux petites entreprises concernées. Ce même partenaire se charge de collecter les paiements, qu’il renvoie au prêteur par l’entremise de Kiva.

Ces projets, qu’ils soient à but lucratif, comme dans le cas de Prosper (l’entreprise récolte 1% du montant total de l’emprunt), ou sans but lucratif, ont au moins le mérite de libérer les épargnants du joug des grandes banques qui ne cessent d’accumuler les profits. Nous ne parlons peut-être pas ici explicitement d’économie sociale, dans la mesure où cette dernière se définit par une forme de capitalisation qui n’offre pas d’avantages individuels, mais on peut penser que de telles initiatives puissent réduire énormément le morcellement des capitaux investis dans les pays en voie de développement par les divers intermédiaires, mais aussi permettre de ne plus être tributaires de la bonne volonté des gouvernements, des grandes entreprises et des banques pour financer des projets qui tiennent à coeur.

Initiative inquiétante en cybergouvernance à Saint-Eustache

Saint-Eustache est à élaborer une politique de l’eau. La Ville s’interroge sur les meilleurs moyens d’économiser l’eau, de protéger les plans d’eau, de mettre en valeur les rivières et de contrôler les rejets et les débordements. Pour ce faire, la municipalité a cru bon demander l’opinion de ses citoyens par l’entremise desondages proposés sur son site Web.

On pourrait se réjouir qu’une municipalité utilise les technologies de l’information et des communications pour consulter les résidants. Or, le processus mis en place à Saint-Eustache a de quoi inquiéter. Il suffit d’y participer pour s’en convaincre.

Il est d’abord à noter qu’on peut toujours répondre au sondage en ce moment, malgré qu’il soit clairement indiqué que la date limite est le 30 avril. Le questionnaire se divise en quatre sections comportant des questions auxquelles on peut répondre selon que l’on est en accord, neutre, en désaccord ou qu’on ne sait pas trop. Certaines des questions ne sont pas très claires et forcent le répondant à fouiller pour deviner de quoi il s’agit. Par exemple, il est demandé si l’on est d’accord pour « mettre à jour le règlement (1036) sur l’eau, afin d’y incorporer des normes et des standards d’économie d’eau », sans que l’on explique ce qu’est le règlement 1036 et sans qu’un lien vers sa description soit proposé.

De plus, une grande proportion des questions sont vagues. Comment ne pas être d’accord avec la proposition de « donner accès à la population aux berges des rivières » ? Disons qu’il aurait peut-être été pertinent d’être honnête avec le citoyen répondant – dont la principale motivation est souvent d’ordre pécuniaire – en précisant pour chaque proposition, les coûts qu’elle engendre. D’autres questions sont inutiles, dans la mesure où la municipalité n’a pas le choix de réaliser ce qu’elle propose. « Mettre à jour la réglementation relative à la gestion des cours d’eau identifiés et inscrits dans le schéma de la MRC » est obligatoire, puisque la réglementation doit être conforme au schéma d’aménagement de la MRC.

Mais ce qu’il y a de plus ridicule dans cette initiative, c’est qu’il est possible pour n’importe qui (résidant ou pas de Saint-Eustache) de répondre au sondage, et qu’en plus, on peut le faire à plusieurs reprises sans problème aucun. Ainsi, un citoyen mal intentionné qui ne veut pas, par exemple, que les tarifs des contraventions pour usage abusif de l’eau soient augmentés parce qu’il se plaît à laver son pavé uni rose quotidiennement, pourrait facilement remplir le questionnaire des tonnes de fois. Même chose pour un promoteur qui voudrait bâtir sur un marais ou près de la rive, ou encore un entrepreneur en compteurs d’eau qui aimerait bien vendre ses produits à la Ville. Quelqu’un le moindrement futé pourrait programmer assez facilement un script permettant de remplir en un instant les formulaires sans qu’il soit possible de se rendre compte du subterfuge.

Il serait intéressant de voir ce que Saint-Eustache a fait des données recueillies. En tous les cas, il s’agit certainement là d’un exemple de cybergouvernance duquel il ne faut pas s’inspirer.