Sur le chemin de Manouanis

La Vallée des Montagnes Blanches est située au Nord et à l’est du réservoir Manouane (« lac où on ramasse des oeufs « , en montagnais) qui fut créé dans les années 1940 suite à la construction d’un barrage en aval du lac Manouane par Alcan. Le territoire représenté par la Vallée des Montagnes Blanches appartient dans sa totalité au gouvernement du Québec, mais est presque entièrement alloué à l’industrie forestière.

Entre Saint-Ludger-de-Milot et le lac Manouanis faisant partie de cette vallée, on est à même de constater l’omniprésence de l’industrie forestière. À partir de Saint-Ludger, on ne peut qu’emprunter les routes privées de l’Alcan et des forestières. Y déambulent avec fracas les gigantesques planétaires, camions surchargés des produits de la forêt boréale qui sont privés du droit de rouler sur la chaussée publique. C’est sur une centaine de kilomètres que défile ce paysage de forêt, de gravelle, de poids lourds et d’épars chalets d’amants de la nature agglutinés sur les flancs de cette autoroute du bois, avant d’arriver à la base d’Air Saguenay du lac Margane.

De là, les hydravions faisant le voyage entre Margane et Manouanis nous permettent d’admirer, ou plutôt d’observer, les effets des coupes à blanc qui s’étendent un peu plus chaque année vers le nord, comme le démontre le court extrait vidéo suivant.

Bien évidemment, ces images ne permettent pas d’en arriver à une conclusion sur la situation de la forêt dans le nord du Saguenay Lac Saint-Jean. Elles font toutefois modestement écho au documentaire l’Erreur Boréale de Richard Desjardins, en constatant que dans le cas précis de cette région, le paysage n’est pas plus hérissé que celui filmé par Desjardins.

Selon l’organisme « Aux arbres citoyens« , la Vallée des Montagnes Blanches reste toujours un des rares endroits au Sud du 51e parallèle qui soit encore intact. Se basant sur une étude de Global Forest Watch Canada identifiant les périls qui guettent cette région, le groupe réclame des mesures rapides :

Il devient pressant d’assurer la protection des quelques vastes forêts intactes encore présentes au sud de la limite nordique des forêts attribuables. Un grand territoire forestier boréal, intact et crucial à la survie du caribou forestier est au cœur de notre proposition. Il apparaît donc indispensable d’assurer la protection d’une partie intégrante de la biodiversité associée à cette grande forêt intacte, si rare en forêt boréale dite commerciale.

Comme le court vidéo le montre, les coupes à blanc progressent vers la Vallée des Montagne Blanches. On ne saurait donc être insensible à la proposition d’Aux arbres citoyens de créer une aire de protection d’une très grande superficie afin de garder relativement intact ces lieux exceptionnels. Il en va de la survie de la faune diversifiée qui suscite l’admiration des rares chanceux qui auront l’occasion de l’observer, et de la flore qui mets en valeur d’une façon majestueuse les superbes couchers de soleil sur les plus beaux lacs du Québec.

Mise-à-jour : Pour en savoir plus, lire le très bon texte de Serge Payette, professeur d’écologie à l’Université Laval, paru dans le Devoir du jeudi 13 juillet.

Bidonvilles : une forme urbaine notable

Selon un récent rapport de l’ONU, la planète comptera d’ici 2020 1,4 milliard d’habitants vivant dans les bidonvilles. Pour l’instant, on en compte près d’un milliard, ce qui représente le tiers de la population vivant dans les villes.

Il faut savoir – et le rapport de l’ONU le constate – que les résidants de ces bidonvilles s’y amalgament souvent pour échapper à la misère des milieux ruraux défavorisés où les conditions de vie sont bien plus difficiles que dans les bidonvilles. L’ONU-Habitat propose d’ailleurs à ceux qui viennent en aide aux pays en développement de cesser de financer des projets visant à réduire la migration des ruraux vers la ville, puisqu’aller « en ville est le premier pas vers une sortie de la pauvreté pour beaucoup de gens qui viennent de la campagne ».

Le bidonville est caractérisé par une absence d’infrastructures, une anarchie apparente, une absence de statut foncier clair, une densité extrême, et une pauvreté évidente. Dans le cadre de sa thèse de doctorat sur les bidonvilles de Port-au-Prince en Haîti, Jean Goulet s’est demandé comment il est possible pour les résidants de ces lieux (qui sont environ 1,6 million) de mobiliser les ressources pour mettre en place des services et pour aménager les lieux de façon à en assurer la pérennité.

Malgré l’apparente anarchie de ces espaces urbains, il convient de constater, selon M. Goulet, que le bidonville est une production sociale, autant physiquement qu’en regard de la vie de quartier. En effet, les bâtiments construits dans ces bidonvilles, même si leur qualité peut laisser à désirer, sont planifiés consciencieusement pour permettre leur évolution. Des services publics minimaux sont aussi installés à l’aide du financement engendré par la communauté ainsi qu’en se servant de l’aide internationale. D’autre part, la vie urbaine y est organisée et les habitants parviennent à se divertir autour d’événements culturels et sportifs.

L’approche du développement en Haïti, si approche il y a, relève du « self-help ». Selon Jean Goulet, le développement s’y fait de façon endogène en misant sur les particularités sociales et culturelles des populations habitant les bidonvilles, et en se servant principalement des potentiels locaux. Dans le cas de Port-au-Prince, la communauté se prend en main selon une panoplie de réseaux qui assurent la bonne marche des quartiers. Le premier de ces réseaux est bien évidemment le réseau familial, qui assure l’entraide entre les membres d’une même famille, qu’ils soient sur place ou qu’ils fassent partie de la diaspora.

Au-delà des liens familiaux, le réseau associatif est très important puisque, en quelque sorte, il prend la relève de l’État qui n’est pas présent. Ces comités de quartier assurent la gestion des services publics et participent à l’économie informelle en organisant, par exemple, la revente de l’eau potable, et en présidant à la construction d’infrastructures, aussi rares soient-elles. Un autre des réseaux qui prend beaucoup de place est le réseau religieux. Les groupes religieux sont en effet très présents dans les bidonvilles et exercent une grande influence. Ils construisent, à l’aide des résidants, des temples, des orphelinats, des écoles et des dispensaires auxquels bénéficient leurs fidèles. Ce réseau prend de plus en plus d’importance et peut parfois dominer socialement et physiquement tout un quartier. Bien qu’il s’agisse là d’une bonne chose pour le développement, on peut se demander si la montée des sectes ne pourrait pas avoir à long terme certains effets pervers.

Évidemment, le développement local et communautaire selon l’approche du « self-help » a certaines limites que l’on retrouve dans le cas de Port-au-Prince. Il a d’abord une portée limitée, parce que les protagonistes ont peu de moyens et que les ressources locales sont rares. Il faut dire que la situation politique d’Haïti n’aide pas la situation. Les conflits minent les efforts d’entraide et rendent difficile la saine gestion de l’aide internationale. On peut aussi dire que la population n’est pas toujours mobilisée et que les mobilisations peuvent parfois être violentes et peuvent miner la sécurité dans Port-au-Prince.

Malgré cela, l’analyse du cas haïtien confirme la pertinence de favoriser un développement endogène, par la base. La coopération, la solidarité et l’autonomie sont les valeurs privilégiées de ce type de développement et l’interaction entre les acteurs locaux permet la constitution des réseaux précédemment mentionnés qui font le succès relatif des bidonvilles. Le jeu des relations entre leaders des communautés est le gage du succès de celles-ci.

Selon M. Goulet, quatre visions émergent à propos des bidonvilles. La vision technocratique les voit comme des lieux indésirables et insalubres qu’il faut détruire. La vision humaniste le voit comme un refuge transitoire de démunis. La troisième vision reconnaît le bidonville comme un habitat autoconstruit et viable, et une quatrième voie, le considère littéralement comme une ville autoconstruite ébranlant les schémas traditionnels. Le bidonville serait en définitive, selon Jean Goulet, « un espace pauvre, en transformation, qui optimise de façon surprenante les faibles ressources à sa disposition ».

En regard des constats de l’ONU-Habitat, il faut se rendre à l’évidence qu’il devient nécessaire de se pencher sur le cas de cette forme d’organisation urbaine qui accueille une si grande proportion de la population mondiale.

Des partis politiques contre les droits d’auteur

Au début de 2006 naissait en Suède le Piratepartiet (Parti Pirate) dont les objectifs principaux sont d’imposer une réforme des lois sur les droits d’auteur, d’abolir le système de brevets et d’assurer le droit à la vie privée des citoyens suédois. Au départ, le chef du parti, Richard Falkvinge, espérait recueillir 2,000 signatures de supporters en deux mois. Après 36 heures seulement, 4,700 personnes s’étaient déjà manifestées.

Considérant que la Suède compte entre 800,000 et 1,1 million de personnes partageant des fichiers sur Internet, le parti vise à récolter 225,000 votes lors des prochaines élections et obtenir ainsi la balance du pouvoir. Si les appuis au parti augmentaient tranquillement au rythme de dix nouveaux membres par jour, les choses se sont accélérées lorsque la police suédoise a perquisitionné les serveurs du très populaire pisteur BitTorrent, The Pirate Bay, propulsant le nombre de nouveaux membres quotidiens à 500.

Cette semaine, on annonçait aux États-Unis la naissance d’un émule du Piratepartiet, The Pirate Party of the United States. Selon ses dirigeants, « depuis trop longtemps, le cartel des mass médias comme la Motion Picture Association of America et la Recording Industry Association of America, on tenu en laisse les progrès technologiques et les libertés individuelles ». Le parti entend aussi s’attaquer à l’industrie pharmaceutique qui « grâce au pouvoir de ses brevets, empêche les plus pauvres de bénéficier de traitements médicaux afin d’augmenter leurs marges de profit ».

Reconnaissant les efforts de l’Electronic Frontier Foundation, de la Free Software Foundation, de Creative Commons et de Médecins sans frontières, le Parti Pirate croit toutefois nécessaire de solliciter l’appui de la population pour réformer les lois sur la propriété intellectuelle. Si l’on se fit au fait que le site Web du groupe était inaccessible au lendemain de sa mise en ligne, on peut penser que son succès rejoigne éventuellement celui obtenu par le projet suédois.

Il ne fait aucun doute qu’il devient de plus en plus nécessaire de voir à ce que les moyens de production et de diffusion de l’information ne soient pas que l’apanage des multinationales du divertissement, des technologies et des biotechnologies. La création de partis pirates peut être un pas dans la bonne direction, du moins en ce qui a trait à la sensibilisation de la population aux problèmes inhérents au contrôle des moyens d’informations.

Seulement, le terme « pirate » (qui n’a rien à voir avec les ambitions d’un certain animateur de Québec) a une connotation plutôt péjorative et la base des partis restera probablement composée de jeunes échangeurs de fichiers qui auront du mal à expliquer tous les enjeux de la question. En ce sens, il y a un risque que ce type de parti reste dans la marge, au même titre que ceux réclamant la légalisation du cannabis par exemple. Il y aurait intérêt à bâtir un parti crédible avec des visées semblables et on ne peut douter que ce souhait se concrétise lorsque l’on pense à la proportion de la nouvelle génération branchée en permanence. En attendant, il conviendra de suivre le cheminement du Piratepartiet et du Parti Pirate des États-Unis.

PPP états-uniens : les scandales se succèdent

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la gestion de l’eau aux États-Unis relevait principalement du secteur public, du moins, jusqu’à tout récemment. Depuis 1997, le nombre de partenariats public privé dans la gestion de l’eau est passé de 400 à 1,100. Plusieurs expériences récentes ont démontré que, là où l’eau devenait l’affaire de l’entreprise privée, les choses commençaient à ne tourner pas rond. Le Los Angeles Time rapporte plusieurs cas inquiétants de scandales associés à la privatisation des services d’eau.

Suite à la privatisation de la gestion des infrastructures d’eau à Atlanta, les résidants ont vu l’essentiel liquide changer de couleur. On découvrait ensuite que la compagnie Suez, bénéficiaire du contrat de 428 millions de dollars US pour la gestion de l’eau, avait par ailleurs offert au maire de la ville une petite escapade à Paris d’une valeur de 12,000$ juste avant l’obtention dudit contrat.

En Nouvelle-Orléans, la compagnie Veolia Enviromnent s’est fait prendre une douzaine de fois à déverser illégalement dans le Mississippi des eaux usées. En 2002, un responsable du sous-traitant de la compagnie était reconnu coupable de corruption envers un membre du conseil d’administration de l’organisme gérant les eaux usées.

À Milwaukee, Suez a laissé 107 millions de gallons d’eaux usées se déverser dans le lac Michigan afin d’économiser 515,000$ US en électricité pendant les heures où celle-ci était la plus coûteuse.

À Indianapolis, au cours de la première année du contrat entre Veolia et la municipalité, les plaintes ont triplé et la compagnie aurait envoyé plus de 15,000 factures erronées à ses clients. En ce moment, elle est accusée d’avoir falsifié les données sur la qualité de l’eau. Mais ce ne sont que quelques exemples.

Il faut savoir que les leaders mondiaux dans la gestion par le privé des services publics sont tous européens. Aux États-Unis, plus particulièrement, c’est Veolia Water, anciennement Vivendi Environnement et auparavant la Compagnie Générale des Eaux qui est le plus gros joueur. En 1999, Veolia achetait US Filter, puis la revendait en petits morceaux à Siemens, une compagnie allemande.

Quant à Suez, qui est le numéro deux mondial, elle possède la totalité des actions de l’états-unienne United Water et est également propriétaire d’US Water. La plupart des autres acteurs principaux de la gestion de l’eau aux États-Unis appartiennent à des entreprises européennes comme Edison (italienne) et RWE (allemande). Malgré qu’elles évoluent sous des patronymes locaux, elles sont toutes des filiales de groupes du vieux continent, ce qui attise certainement un peu la tiédeur que les États-Uniens ont développée envers les Français. Pour avoir plus de détails sur les ramifications de ces diverses organisations, il faut lire ce texte (PDF) de Pierre J. Hamel, professeur à l’Institut National de Recherche Scientifique

Ces compagnies font aussi des affaires au Québec, mais dans une moindre mesure. Toutefois, les services de gestion de l’eau ont récemment fait l’objet de PPP sur l’île de Montréal. C’est le cas de Côte-Saint-Luc et de Westmount qui sous-traitent l’entretien des conduites d’eau à la firme d’ingénierie Dessau-Soprin. Selon la journaliste du mensuel Alternatives, une conseillère de Côte-Saint-Luc avouait, en janvier dernier, que les services, qui coûtaient 750,000$ lorsqu’offerts par la Ville de Montréal, « étaient maintenant évalués à 1,3 million de dollars par Dessau-Soprin, soit près du double ».

Évidemment, on ne peut dès maintenant conclure à l’échec du processus dans le cas de Côte-Saint-Luc et Westmount, mais force est de constater que le la possibilité de dérive est réelle, comme le démontre la situation états-unienne (et c’est sans compter les dérapages français). Il reste qu’en définitive, le public n’a plus de prise sur les gestionnaires des infrastructures d’eau lorsque ceux-ci ne subissent la pression que de leurs actionnaires. Il est possible de jeter un politicien après quatre ans si son travail est insatisfaisant, mais il est plus difficile de briser un contrat de 20 ans avec une multinationale.

Alliance entre média citoyen et média traditionnel

The Guardian de Londres rapporte un nouveau partenariat entre l’International Herald Tribune, qui appartient au New York Times mais qui est édité à Paris, et le pionnier des médias citoyens en ligne, OhMyNews.

Le partenariat permettra à des journalistes citoyens de OhMyNews de voir leurs textes reproduits dans l’International Herald Tribune. On dit que ce dernier aurait fait ce choix afin d’offrir une meilleure couverture de l’Asie à ses lecteurs. Selon The Gardian, il n’est pas clair encore comment seront intégrés les articles issus du média citoyen asiatique.

OhMyNews a été lancé en Corée du Sud en 2000 et compte maintenant plus de 40,000 rédacteurs citoyens. 80% de son contenu provient des citoyens et les 20% restant d’un groupe de 40 personnes composant un comité éditorial rejetant en moyenne 30% des 200 contributions quotidiennes au site  Rosnay, J. (2006) “La révolte du pronétariat”, Édition Fayard, Paris (…). Ce dernier attire une très grande quantité de visiteurs, beaucoup plus qu’Agoravox ou Cent Papiers (évidemment) comme le montre ce graphique.

Le rapprochement entre médias citoyens, blogues et médias traditionnels se fait de plus en plus sentir. Après que les grands quotidiens comme La Presse et le Journal de Montréal aient lancé leurs journalistes vedettes dans l’aventure des blogues, le journal de M. Péladeau vient d’innover en laissant une petite place à un blogueur (l’auteur de « La ville s’endormait« ) dans les colonnes de la version papier de son quotidien. Bien sûr, il s’agit là d’une mesure de moindre envergure que celle de l’International Herald Tribune, mais force est de constater que les médias traditionnels commencent à prendre en compte les initiatives de la communauté (alors que d’autres font l’erreur de ne pas le faire).

On peut bien sûr s’interroger sur les effets de ce type d’alliance envers la nécessaire indépendance des médias citoyens. Toutefois, il semble évident que journaux citoyens et journaux traditionnels ne s’excluent pas mutuellement. Les premiers gagneront en crédibilité à l’aide des seconds et les seconds tireront bénéfices des premiers en termes de transparence et de foisonnement d’idées.