10,6 millions de USD pour NowPublic

Carl, qui s’est remis de mes moqueries sur The Police, me fait remarquer grâce à la magie de la messagerie instantanée que Now Public, une plateforme canadienne de journalisme citoyen, vient d’amasser 10,6 millions de beaux dollars états-uniens en provenance de capital-risqueurs.

Il y a quelques temps, l’Associated Press s’était associé à Now Public pour reprendre des contenus de ce dernier. Plus récemment, selon les dirigeants de l’entreprise, Now Public aurait reçu d’alléchantes offres (refusées) d’acquisition par des médias étrangers :

“But we made a decision that we felt we could grow this thing, and that it was just too early [to be acquired],” Mr. Brody said. “We are big believers in what we are doing… and that is building the largest news agency in the world. We are laser-focused on that goal.”

The NowPublic CEO said that he and the rest of the team believe “we are building a billion-dollar company.”

Selon les informations présentées sur le site, Now Public aurait près de 120,000 membres dans 3850 municipalités.

Tout ça pour dire que c’est rassurant (et excitant) pour l’avenir de Cent Papiers…

Les naïfs de Rue89

J’ai assisté brièvement au 5 à 7 avec Pierre Haski, fondateur de Rue89, mais suffisamment longtemps pour l’entendre raconter que dans les premiers jours de la fondation du journal, avant même le premier texte produit, le responsable d’un grand groupe de presse est entré en contact avec Rue89 pour leur faire une offre d’achat. L’offre fut refusée parce qu’elle impliquait une participation majoritaire de ladite compagnie, ce qui n’intéressait pas les gens de Rue89. À l’annonce du refus, le responsable de la compagnie aurait répondu:

“Vous êtes naïfs. Une guerre de l’information en ligne se prépare, et le gagnant sera celui qui aura le plus d’argent.”

Zut… moi qui n’ai pas une cenne.

Pierre Haski de Rue89 à Montréal

Des fois, ça me rend un peu triste de voir combien les journalistes d’ici accordent de l’attention (bien méritée, on s’entend) à des initiatives étrangères et ne s’intéressent pas ou ne sont pas au courant de ce qui se passe dans leur cour.

En tout les cas, je vais certainement aller faire un tour à l’Amère à boire ce soir…

Le culte de l'amateur, encore

Jeff Jarvis revient un brin sur le livre “The cult of the amateur” d’Andrew Keen. Comme plusieurs autres, Jarvis a refusé de débattre avec l’auteur, jugeant que ce serait une mauvaise idée d’accorder de l’importance à ce livre mal foutu.

“I said the book is just plain bad. It’s sloppily researched and written. It is link- and PR-bait disguised as a polemic. If it were intelligently, thoughtfully presented, I’d be happy to talk about these ideas. But it’s not. The irony is that Keen accuses us all of being hacks but his book is just a hack. I told them I chose not to play into this publicity mill on my blog and wouldn’t do so on the air, either. Here’s the interesting part: They each said they’d heard just this same perspective from a lot of people they’d called looking for debaters.”

C’est à se demander si le journaliste du Devoir a bien lu le livre…

4,3 milliards pour le contenu généré par les utilisateurs

Je vous le dit tout de suite, il y aura d’ici quelques mois de la publicité sur Cent Papiers. La principale raison est que pour poursuivre son évolution le site a besoin de moyens. Mais j’aurai le temps d’élaborer sur la chose plus amplement.

N’empêche que selon MediaWeek, le contenu généré par les utilisateurs passerait d’un marché de 1 milliard cette année à 4,3 milliards en 2011. Pas difficile à croire.

Toutefois, comme l’indique Steve Rubel, ce n’est pas si simple pour les producteurs. Les gens n’accepteront pas toujours que les entreprises fassent de l’argent sur leur dos, et la publicité sur internet évoluera: il sera plus difficile d’attirer l’attention des visiteurs.

Bref, de belles perspectives et de beaux défis. Faudra que tout le monde en sorte gagnant…

Objectivité et éthique dans le journalisme moderne

Quelques citations intéressantes tirées d’une discussion dans laquelle prend part Jeff Jarvis, un observateur des médias que j’aime bien. Sur l’objectivité, d’abord:

“I don’t think objectivity was ever attainable. It was a false high standard that we could not help but fail. And I think the blurring has always been there. The problem is, we in journalism have not admitted it.

We were never in the job of delivering the truth. We’ve always been in the job of helping the public decide what is true. And I think that we lost sight of that.

[...]

The fact they I can go back and forth now among channels and see different viewpoints is better than only getting one effort to give me “one size fits all” news, as if it could give me the truth, and it never could.”

C’est un peu ce qu’on dit chez Cent Papiers. On ne peut garantir l’objectivité, surtout lorsque l’on contrôle si peu le produit, mais la somme des divers points de vue, et le fait de les confronter aux commentaires des lecteurs et à ce qui émane des médias traditionnels aide à mieux cerner le débat.

Sur l’éthique des blogues:

“I see three ethics that I’ve learned in blogs. One is the ethic of the correction. Blogs are, frankly, much quicker and better about correcting themselves than I saw in mainstream media in my time.

Two is the ethic of the link, which says, “Don’t take my word for it. Here’s my source material. Here’s what I’m talking about. Here’s what I’m disagreeing with.”

And the third is the ethic of transparency. Now, of course, that can be taken to a cartoonish extent and one need not be able to make assumptions just because there’s a one-word label. Oh, I’m liberal; ergo, this is what I think. I’m not suggesting that.

But I think that there is a need for people to know our perspectives, our background, our vantage points, and our views. And then we go then beyond that and take that out of the discussion.

Now I think the public spends too much time trying to figure out our hidden agendas, and we try well to hide them. Instead, I think we need to put our own views out there and then say, “All right, now let’s discuss the facts.” I absolutely agree we want the facts, but we want them in context.”

Pour ce qui est de la correction, c’est certainement quelque chose d’important sur les blogues et autres plateformes de journalisme civique. Par exemple, l’auteur de Amateur of the cult Cult of the amateur peut difficilement corriger ses erreurs, mais ici, je peux facilement le faire. Sinon, la transparence, c’est sans doute le mot-clé dans tout ça, et c’est ce qui est le plus difficile à reproduire.

À la question: “est-ce que le public est capable de faire la différence entre l’opinion et le factuel ?”

“I think it’s terribly insulting to the public, whom we trust our democracy, not to think that they cannot tell the difference between fact and opinion. I believe that people do. I think they are smart. And if you don’t believe that, then you kind of don’t believe in democracy, free markets, reformed religion, lots of things. The reasons we are journalists is to help inform the public so the public can be wiser and make better decisions.”

Effectivement, il serait con de prendre le public pour des cons.

Le culte de l'amateur

Je viens de prendre connaissance de l’article de Paul Cauchon (que j’aime bien d’ailleurs) du Devoir à propos du livre “The Cult of the Amateur: How Today’s Internet is Killing our Culture” d’Andrew Keen. J’avais déjà entendu parlé de la chose dans ce texte qui met les choses en perspective.

Le livre de Keen propose sans doute plusieurs vérités et identifie certains problèmes, mais quelques observateurs y ont noté des erreurs factuelles et des citations hors-contextes.

Comme quoi les “erreurs, demi-vérités et incompréhensions” ne sont pas l’apanage de l’amateur…

De toute façon, il me semble que ceux qui évoquent une “révolution” sont bien plus souvent des marketers que des marxistes.

Comment faire fuir les trolls, ou essayer de le faire

Les «trolls», ces participants de communautés en ligne ou commentateurs du web qui minent la discussion en invectivant leurs collègues plus posés, sont et resteront probablement toujours un fléau sur la toile. Dans un récent article sur Information Week, Cory Doctorow, coéditeur du très populaire Boing-Boing, donne quelques conseils pour se débarrasser de ces délinquants. Ça tombe bien puisque je suis à évaluer les divers mécanismes de contrôle pour la prochaine version de Cent Papiers.

Selon Doctorow, il existe trois façons de faire fuir la vermine:

«Trolls can infect a small group, but they really shine in big forums. Discussion groups are like uranium: a little pile gives off a nice, warm glow, but if the pile gets bigger, it hits critical mass and starts a deadly meltdown. There are only three ways to prevent this: Make the pile smaller again, spread the rods apart, or twiddle them to keep the heat convecting through them.»

La première des solutions réside dans la taille de la communauté. Il s’agit donc soit, au départ, de multiplier les barrières à l’entrée, ou plus tard, de trier le grain de l’ivraie. Évidemment, le filtrage peut fermer la porte à de belles opportunités de discussion, et comme le dit Doctorow, la réduction de la taille peut provoquer une révolte chez les utilisateurs.

La seconde option, la dispersion, vise plutôt à ralentir le processus pour donner le temps aux participants de tempérer leurs ardeurs. Par exemple, on peut forcer un délai entre les publications dans un forum pour empêcher la discussion de s’enflammer, ou permettre aux commentateurs de retirer leur commentaire dans les quelques minutes suivant leur publication.

La troisième option est de jouer avec la configuration pour éliminer les messages indésirables. Doctorow donne l’exemple de Slashdot qui permet à des utilisateurs d’évaluer anonymement les messages des autres. C’est un peu la stratégie qu’a adopté Agoravox et Rue89 en donnant aux visiteurs la possibilité de noter les commentaires, ceux-ci étant cachés lorsque trop pauvrement évalués.

Il reste que, comme l’explique l’auteur, aucune de ces méthodes n’est parfaite et que les problèmes persisteront souvent. Il suggère plutôt de s’inspirer des «troll-whisperers», comme Teresa Nielsen Hayden, responsable du forum Making Light:

«Teresa is a troll-whisperer. For some reason, she can spot irredeemable trolls and separate them from the merely unsocialized. She can keep discussions calm and moving forward. She knows when deleting a troll’s message will discourage him, and when it will only spark a game of whack-a-mole.»

Il faut donc regarder faire ceux qui ont le tour avec les trolls (quelqu’un aurait un meilleur mot ?). Ceux-là n’utilisent pas toujours des moyens techniques pour réguler la conversation, et quand ils le font, c’est tout simplement pour automatiser certains des processus qu’ils exécutaient à la main.

Par exemple, ladite Teresa a développé une technique qui lui permet de retirer les voyelles des messages ou de parties de messages. Ainsi, les textes sont encore lisibles, mais difficilement. Ça vous décourage un troll, j’imagine.

Bon, avec tout ça, ce qu’il faut conclure, c’est qu’il n’existe pas de solution magique. Je ne suis pas tellement plus avancé, mais ça aide à poursuivre la réflexion. Quelqu’un ne connaîtrait pas quelqu’un qui chuchote à l’oreille des trolls ?