De patrimoine et de haine raciale

Dans la dernière édition du magazine en ligne « Mir » réalisé par la maison « Les Intouchables », le polémiste Normand Lester, à l’instar d’André Pratte, plaide pour la sauvegarde de la Maison Lafontaine, mais pour des raisons différentes de l’éditorialiste en chef de La Presse.

Selon Lester, l’ancienne maison du premier ministre canadien Louis-Hypolite Lafontaine rappelle un des passages les plus noirs de l’histoire canadienne-française. En 1849, après que le gouvernement de Lafontaine eut décidé de dédommager des fermiers victimes des soldats britanniques, les Anglos montréalais pètent un peu les plombs :

« The Gazette, toujours à l’avant-garde quand il s’agit d’attiser la haine anticanadienne française, lance, selon l’historien américain Mason Wade, un appel au « soulèvement racial » :

« Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir ; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, dussiez-vous n’être plus Britanniques […].La foule doit s’assembler sur la Place d’armes ce soir à huit heures. AU COMBAT, C’EST LE MOMENT. »

L’appel à la violence raciale de The Gazette est entendu. Le soir même, ils sont de douze cents à cinq mille, suivant les comptes-rendus, à répondre aux exhortations du journal haineux. Les Anglais en colère s’enivrent tout en écoutant d’odieux orateurs dont le rédacteur en chef de The Gazette, James Moir Ferres, hurler leur mépris et cracher des injures contre les Canadiens français. »

Les émeutiers s’en vont ensuite foutre le feu au parlement et à sa bibliothèque, la plus importante du Canada : « Les Canadiens français, ce peuple d’illettrés, d’ignorants et d’incultes, avaient réussi à se constituer une des premières bibliothèques parlementaires du monde ». Dans les semaines qui suivirent, les crinqués tentèrent à quelques reprises d’attenter à la vie de Lafontaine, notamment en tirant quelques coups de feu en direction de la maison que l’on tente de sauver de la destruction.

Fait intéressant, un des pavillons de l’hôpital Douglas porte le nom d’un des incendiaires (Alfred Perry) du parlement. Comme le dit Lester, plusieurs éléments de la toponymie montréalaise rendent hommage à des personnes dont les exploits ne sont pas très glorieux. On peut penser à ce cher Amherst, pionnier de la guerre bactériologique, qui aurait envoyé des couvertures infectées aux Amérindiens pour les exterminer et dont une rue porte le nom… faudrait peut-être que ça se sache.

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