Vie et mort de Jane Jacobs

Jane Jacobs, journaliste et « intervenante en urbanisme », est décédée hier. L’Ontarienne d’adoption avait, en 1980, écrit un livre pour vanter quelques-uns des mérites du projet souverainiste québécois, mais s’est surtout fait connaître pour son apport à l’urbanisme moderne.

Son livre Death and Life of Great American Cities, publié en 1961, est le premier ouvrage que l’on fait lire aux étudiants en urbanisme. Ce bouquin, qui se veut une réponse à la soif de modernité qui dirigeait le développement urbain de l’époque (pensez à l’autoroute Ville-Marie et à la destruction des demeures ancestrales de la rue Sherbrooke), a donné naissance à une nouvelle façon de penser la ville, inspirée du passé.

Jacobs propose quelques notions, dont celle de ville-trottoir qui redéfinit la rue comme l’un des lieux de base de la communauté. Elle suggère aussi que la sécurité est bien plus affaire de surveillance mutuelle assurée par une présence constante de citoyens sur la rue autour de commerces aux heures d’ouverture diversifiées, que de sécurité policière. Enfin, elle privilégie la mixité et la diversité des fonctions en proposant de mélanger commerces de tout type et immeubles résidentiels de toutes tailles.

Plus récemment, avec son livre apocalyptique Dark Age Ahead, Jane Jacobs avait amorcé une croisade contre l’étalement urbain engendré par le culte malsain de la voiture : « is urban sprawl, with it murders of communities and wastes of land, time and energy, a sign of decay ? Or is rising interest in means of overcoming sprawl a sign of vigor and adaptability in North American culture ?”. Elle se serait sans doute bien entendu avec le comploteur Richard Bergeron qui ne donne pas non plus dans la dentelle en terme de fin du monde. Elle abordait la question selon les mêmes prémisses qu’en 1961 pour réclamer d’agir sur les éléments auxquels tiennent les citoyens : “noise from mechanical spaces ; bad smells and other forms of air pollution, water pollution and toxic pollution of soil ; heavy automotive through traffic and heavy local truck traffic ; destruction of parks, loved buildings, woodlands, and access to sun and sky ; blighting signs and illumination ; transgressions against harmonious street scales”.

On peut penser que dans un avenir proche, le développement de technologies automobiles moins polluantes, ou d’un système de transport de qualité, pourront nous permettre de s’étendre à qui mieux mieux sans trop nuire à l’environnement. Mais il nous faudra quand même certainement d’autres objecteurs de pensée pour remettre en question certaines manières de voir le développement urbain…

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