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Le Festival Western de St-Tite est décadent et dépravé

A lieu du 7 au 17 septembre la 39e édition du Festival western de St-Tite, en Mauricie. Pour l’occasion, la petite ville de 4000 habitants se transforme en vaste terrain de camping où se bousculent les tentes-roulottes ornées de leurs plus beaux vernis en forme de fresques western. Le budget pour ce festival, un des plus prestigieux en Amérique du Nord, s’élève à 3,1 millions de dollars et contribue pour 16 millions de dollars en retombées économiques pour la région.

Il y a quelque chose de surréaliste dans cette masse de cowboys et cowgirls déambulant dans les rues fermées de la ville au son de la guitare de vedettes inconnues de la chanson country, qui pour l’occasion auront transformé leur garage en salle de spectacle ou, pour les mieux organisés, installé un petit kiosque pour vendre leurs albums aux couvertures faites à la main.

Outre ces artistes, qui vivent probablement à St-Tite leur moment de gloire, se sont aussi installées au travers des pommes de route une multitude de cantines improvisées qui offrent toutes un menu tournant plus ou moins autour du roteux ou de la poutine. Néanmoins, certains restaurateurs de l’extérieur savent aussi profiter de la manne. À preuve un restaurateur rapide libanais de Montréal qui se plaît à siroter le narguilé avec ses visiteurs casqués, ou le typique buffet de mets chinois et canadiens qui a pour l’occasion sorti ses réchauds.

Une des attractions majeures du festival reste sans contredit le rodéo, titulaire du prix de « meilleur rodéo d’Amérique du Nord  » pour la septième année de suite (ou quelque chose comme ça). Le béotien sera peut-être impressionné par la foule des admirateurs de ce genre d’événement et de l’atmosphère survoltée émanant des estrades d’acier. Toutefois, il pourra difficilement être surpris (scandale des commandites oblige) de l’omniprésence des commanditaires qui se manifestent par tous les moyens possibles. D’ailleurs, il est assez cocasse de voir le président des Caisses Desjardins, Alban D’amours, inaugurer la soirée en récitant la fameuse prière du cowboy, qui implore le petit jésus de veiller à ce qu’aucune corne ne s’incruste entre les côtes de qui que ce soit.

Les compétiteurs du Québec sont assez nombreux, dignes représentants de « l’Association des cow-boys de l’est du Canada », mais certains viennent de très loin pour se perdre dans la brousse boréale de St-Tite. À preuve, cet australien qui aura fait vingt heures d’avion, sera éliminé après trois secondes sur sa monture, et retournera chevaucher un 747 non sans, on l’espère, avoir visité un peu la banlieue de Grand-Mère. On a justement l’impression que les résultats de ce type de compétition restent assez aléatoires, dans la mesure où un cavalier peut très bien tomber sur une docile pouliche et s’en tirer fort bien, alors qu’un autre peut avoir à faire à un mastodonte en furie. Il en va ainsi pour cet États-Unien, le seul portant un casque (et sans doute le plus lucide), qui fut éjecté de son taureau sauvage après un instant. D’ailleurs, la conduite du taureau sauvage semble une activité plutôt risquée.

Si le robineux montréalais s’en donnerait à coeur joie en terme de collecte de bouteilles consignées jonchant la route, le festival western de St-Tite n’est peut-être pas « décadent et dépravé » à ce point. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de penser au récit d’Hunter S. Thompson sur le Derby du Kentucky : « Contrairement à la majorité de nos distingués collègues, nous nous foutons éperdument de ce qui se passe sur la piste. Nous sommes venus voir les vraies bêtes faire leur numéro ». Et il n’y a pas à dire, le soleil couché (ou pas), le cow-boy est beau à voir avec son halène de cheval et sa Molson Ex greffée à la main, parcourant l’enclos du festival en quête de la nouvelle frontière qu’il ne trouvera jamais, réduit qu’il est au périmètre de St-Tite pour exhiber sa tenue chevaleresque pendant ces deux petites semaines annuelles.

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