Limocar : une autre entreprise québécoise de transport aux mains d’un groupe européen

On apprenait vendredi dernier que la compagnie française Transdev venait d’acquérir le transporteur québécois Limocar. Il s’agit là d’une première acquisition pour la compagnie européenne en Amérique du Nord, elle qui gère tout de même plusieurs réseaux de transport en Europe et en Australie.

Quant à Limocar, elle existe depuis 1979 et bénéficie d’une flotte de 320 véhicules pouvant transporter 4 millions de passagers par année. Dans le communiqué de presse faisant l’annonce de la transaction, on rappelle à propos de Limocar :

« Elle travaille en collaboration avec plus d’une quarantaine de municipalités et leurs Conseils Intermunicipaux de Transport (CIT), incluant le CIT de la Vallée du Richelieu et le CIT Laurentides. Limocar dessert le couloir interurbain Montréal-Sherbrooke et est l’un des principaux fournisseurs de services de transport scolaire dans le sud-ouest de Montréal et la région de Sherbrooke. »

Puisque la plupart des médias ayant publié la nouvelle se sont contentés de reprendre ledit communiqué de presse, il convient de mettre en perspective cette acquisition en regard de la place des groupes européens dans les services urbains au Québec. Pierre J. Hamel de l’Institut National de Recherche Scientifique rappelle que si le secteur privé ne détient qu’une faible part du marché des services urbains en Amérique du Nord, s’y installer peut être très alléchant en regard de la taille dudit marché.

Dans le cas précis du transport en commun, le service demeure entièrement public au sein des grandes villes du Québec. C’est une autre histoire dans le cas des banlieues de ces villes, et des plus petites municipalités où le service de transport en commun est le fait d’opérateurs privés. Or, comme l’expliquait M. Hamel en 2006 dans un article intitulé « Les groupes européens de services urbains au Québec : une tête de pont en Presqu’Amérique » (PDF), « voici que les plus importantes de ces entreprises privées de transport sont rachetées l’une après l’autre par de grands groupes européens ». Ces organismes de transport, qui ont pour dessein principal de relier les banlieues aux grands centres urbains, ou encore de relier ces grands centres entre eux, sont soutenus par le gouvernement du Québec, mais les municipalités qui sont responsables de leur gestion ont souvent décidé de refiler cette dernière au secteur privé, majoritairement représenté par des groupes européens :

« En mai 2004, Connex (Veolia ; Connex est parfois connue sous la marque CGEA, qui signifiait en 1912, « Compagnie générale d’entreprises automobiles », acquise par la Générale des Eaux en 1980) s’est porté acquéreur du Groupe GVI (qui compte plusieurs entités, donc Autobus Viens), troisième entreprise en importance dans son secteur. Mais, déjà en 2002, Keolis (encore) avait acquis 75% des actions d’Orléans Express, principal transporteur interurbain de passagers par autocars au Québec. »

Au moment d’écrire le texte, M. Hamel expliquait que « pour que la photo de famille soit complète, il ne manquerait que le troisième opérateur européen, Transdev ». Avec l’arrivée de cette dernière entreprise au Québec, force est de constater que notre réseau de transport de passagers est on ne peut plus dépendant des grands groupes européens.

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