Où s’en va Arrondissement.com ?

Arrondissement.com est un portail en ligne « de proximité » initié par l’organismel’Avenue, où les acteurs locaux peuvent publier leurs informations. On y retrouve l’actualité du quartier, un bottin des ressources, un calendrier des activités, des petites annonces, la liste des activités de sports et loisirs, des forums de discussion et des communiqués des représentants politiques. Ce type de portail a été développé pour quatre arrondissements, soit Hochelaga – Maisonneuve, Villeray – Saint-Michel – Par-Exension, Rosemont – La Petite-Patrie et Plateau Mont-Royal – Centre Sud.

Le premier de ces portails a vu le jour en 2002 et l’organisme estime qu’en 2003, il attirait une moyenne mensuelle de 30,000 visiteurs (PDF), un nombre qui a sans doute augmenté depuis. Les fournisseurs de contenu d’Arrondissement.com peuvent facilement ajouter de l’information au site Web à l’aide d’un logiciel de publication. Toutefois, la promotion d’un organisme communautaire sur Arrondissement.com n’est pas gratuite. Pour pouvoir ajouter son « publireportage » parmi les articles du site, un organisme devra débourser 300 $. L’inscription au bottin des ressources est toutefois gratuite.

L’idée émerge du contexte de la société de l’information : « l’appropriation des nouvelles technologies de la communication ne peut s’opérer de façon optimale sans que se développe parallèlement du contenu facilement accessible en rapport aux intérêts et aux besoins des utilisateurs ». Selon l’organisme, c’est par la collaboration entre les groupes communautaires que doit se faire cette appropriation. D’ailleurs, 225 groupes locaux ont contribué au contenu du site.

Les objectifs du site collaboratif sont nobles, mais on peut douter de l’efficacité du projet et de la qualité des résultats obtenus. C’est que le contenu « facilement accessible en rapport aux intérêts et aux besoins des utilisateurs » n’est justement pas déterminé par les utilisateurs, mais par les groupes ou politiciens qui les représentent. La question de représentativité est un enjeu important de la participation, et si dans plusieurs cas, le groupe communautaire peut et doit être le représentant de la communauté pour des questions de logistique ou d’expertise, dans le cas de la publication en ligne, il est possible de miser directement sur les citoyens pour créer le contenu.

En ce sens, les bénéfices relatifs au capital social sont mineurs, du moins vis-à-vis de la population. C’est plutôt entre organisations que les liens se tissent par l’entremise d’Arrondissement.com. D’ailleurs, les forums de discussion offerts au public sont pratiquement vides et les citoyens ne reçoivent que très peu de réponses. L’effet d’empowerment est en conséquence nul. Le citoyen n’obtiendra sur Arrondissement.com pas de plus-value par rapport au journal local, puisque la possibilité d’interagir avec ses concitoyens est limitée.

On peut toutefois imaginer qu’un sens de la communauté peut émerger du portail, comme dans le cas d’un journal local qui fait prendre conscience aux résidents d’informations et de nouvelles sur son milieu de vie. Des opportunités de développement économique peuvent aussi découler du portail, dans la mesure où les entrepreneurs et les organismes peuvent y faire la promotion de leurs activités ou y offrir des emplois. Toutefois, peu d’emplois sont actuellement affichés sur Arrondissement.com.

Le portail démontre certaines lacunes, notamment quant à l’accessibilité. L’information y est affichée de façon très serrée en utilisant une police très petite qui ne convient probablement pas à tous. De plus, le site n’offre pas fil RSS. On peut se demander si cette réalité a quelque chose à voir avec le fait que l’organisme L’Avenue s’est allié à l’entreprise Onyris qui a développé un logiciel de publication en ligne utilisé par Arrondissement.com. Ce logiciel, qui coûte entre 2,900$ et 18,900$, permet aux rédacteurs de publier facilement l’information sur le site. Toutefois, plusieurs logiciels non-propriétaires, gratuits et éprouvés sont disponibles et auraient pu être utilisés dans le cas de ce projet. Il faut rappeler que les initiatives en informatique communautaire ne sont pas des projets informatiques, mais des projets sociaux, et que les entreprises ne sont peut-être pas les mieux à même de favoriser l’atteinte de ces objectifs. En ce sens, Arrondissement.com parvient plus ou moins bien à atteindre ses objectifs d’appropriation des technologies en ne donnant pas aux citoyens les moyens de contrôler l’information.

Les lacunes d’Arrondissement.com sont sans doute faciles à combler. Sans pour autant saborder le projet qui peut être un outil plus qu’intéressant en tant que vitrine pour les organismes communautaires, l’atteinte de leur objectif de démocratisation des TIC passerait plus justement par l’implication des citoyens. De nombreuses initiatives en ce sens ont vu le jour depuis quelque temps. Certains, comme le tout nouveau LoudonExtra du Washington Post sont issus d’entreprises médiatiques. D’autres, comme Québec Urbain (qui a toutefois une vocation plus spécifique) émergent de la communauté. L’avenir d’Arrondissement.com ne peut que passer par le contenu généré par les utilisateurs. Un sens de la communauté pourrait émerger d’un tel projet où la population serait directement impliquée dans la discussion autour de son milieu de vie.

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