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Steve Jobs : comme John Lennon, mais pas vraiment

Les réalisations de Steve Jobs méritent d’être soulignées. Il est celui qui a rendu accessibles de nombreuses technologies qui nous facilitent aujourd’hui la vie. “Accessible” comme dans “pas besoin d’être un geek pour comprendre”. Il n’a rien inventé, mais a réussi à améliorer des inventions afin d’offrir le meilleur produit possible. Mais il a surtout réussi à vendre ces produits grâce à un sens du marketing assez pas pire.

Bref, chapeau pour ça.

Mais me manque-t-il un bout de la biographie de Steve Jobs pour comprendre la vénération dont il fait l’objet depuis sa mort ? “C’est un peu comme quand John Lennon est mort” a dit quelqu’un. “Je ne suis pas capable d’arrêter de pleurer”, ai-je lu sur Twitter. Sans compter les gens qui se sont rendus devant la Boutique Apple pour allumer des lampions. Des lampions. Devant une boutique.

On célèbre ici un président d’entreprise. Un vendeur quoi. Oui, il vendait de maudits bons produits. Mais il n’oeuvrait pas à faire la paix dans le monde (par exemple). Il oeuvrait à mettre de l’argent dans ses poches. Un objectif tout à fait louable par ailleurs. C’est juste bizarre de voir les gens ne pas se rendre compte qu’ils célèbrent quelqu’un parce qu’il est bon à faire de l’argent.

Les gens ont beaucoup de difficulté à mettre les choses en perspective. Est-ce parce qu’on n’a pas suivi suffisamment de cours d’histoire ? Lors du décès de Jack Layton, j’ai lu sur Twitter que “les Canadiens allaient se souvenir ce qu’ils faisaient quand Layton est mort comme les Américains se souviennent de ce qu’ils faisaient quand Kennedy est mort” (ça n’entre pas en 140 caractères, mais ça ressemblait à ça). Euh, non. Layton n’est pas Kennedy (même Kennedy est peut-être over-raté un peu).

Dans le concert d’apologies de Steve Jobs se noient quelques voix discordantes. Rima Elkouri dans La Presse de samedi m’a un peu rassuré :

«Think different», nous disait une pub d’Apple qui utilisait habilement des images révolutionnaires. On y voyait défiler des gens qui ont changé le monde, dont Gandhi et Martin Luther King. «Les gens qui sont assez fous pour croire qu’ils peuvent changer le monde sont ceux qui y arrivent», disait la pub. En tentant de penser différemment, comme Apple nous ordonne de le faire, on finit peut-être par penser comme tout le monde. On ne peut s’empêcher de songer au génie de Jobs, enfant adopté, décrocheur entêté, qui, dans le garage de sa maison, a créé l’une des entreprises les plus florissantes de la planète. Une entreprise, aussi habile qu’une secte, qui a réussi à nous faire croire qu’en achetant un logo de pomme, on achetait finalement un état d’esprit. Et peut-être même une révolution…

Révolutionnaire, Steve Jobs? Ça dépend bien sûr de quelle révolution on parle. Mais il me semble plus juste de le qualifier d’as du marketing. Le hisser sur un piédestal comme s’il était Gandhi ou un prix Nobel de la paix a quelque chose de profondément troublant. D’autant plus que, dans le concert d’éloges suivant sa mort, on a balayé un peu vite le côté plus sombre d’Apple, le ver qui grugeait la pomme. Le peu d’égards que Steve Jobs semblait avoir, par exemple, pour le bien-être des ouvriers fabriquant ses produits en Chine. L’an dernier, l’usine de Foxconn, à Shenzhen, a été surnommée l’usine du suicide après que 14 employés s’y furent donné la mort. Des jeunes de 18 à 25 ans, travailleurs migrants ruraux sans espoir, se sont jetés par la fenêtre les uns après les autres.

Voilà. Merci.

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