Les effets pervers de Twitter sur le journalisme (bis)

Je vous parlais il y a quelques jours de l’influence exagérée qu’a Twitter sur les médias.

Cette semaine, on pouvait lire un très bon article de La revue des médias qui nous rappelle que Twitter, c’est pas la vraie vie.

Quatorze ans après la création de Twitter, ce ne sont plus les contraintes de la limite d’espace (140 caractères, puis 280) qui font débat chez les journalistes, mais toutes sortes d’autres effets pervers, à commencer par le risque de s’exposer à une représentation tordue du monde. Sur Twitter, les journalistes rencontrent surtout beaucoup d’avis de… journalistes. Et comme dit l’adage, citer un journaliste, pour un journaliste, c’est comme danser un slow avec sa sœur, c’est facile mais ça n’a aucun intérêt. 

Le risque est bien sûr de confondre Twitter avec la société toute entière, comme ce rédacteur en chef répondant « Je ne vois rien sur Twitter » à quelqu’un qui l’alerte sur un mouvement social, d’oublier que le réseau social nous renvoie un monde à notre image (et à la sienne), écho des préoccupations des gens que l’on a choisi d’y suivre. « L’affaire Mila, par exemple, était un truc vécu par les gamins sur Snap. Twitter n’était pas le bon endroit pour apprécier ce que ça a créé chez les jeunes », se souvient Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef investigation numérique à l’AFP.

Les réseaux sociaux induisent aussi une vision déformée de l’appréciation de notre travail.

Autre biais, la façon dont Twitter peut affecter le travail du journaliste sensible à ce qui se dira de lui. Et cela sans même parler du harcèlement. Peser chaque mot qu’on écrit, chaque mot qu’on dit en se demandant comment telle ou telle phrase extraite de son travail peut contribuer à se faire démolir sur les réseaux sociaux, c’est déjà signe que quelque chose ne va pas. « Dix ou quinze mentions et tu ne passes pas une bonne soirée », résume Nabil Wakim. Rares sont les journalistes à l’épiderme suffisamment épais pour ignorer sereinement les salves de « encore un journaliste qui comprend rien… » L’envie de plaire perturbe aussi la façon de travailler. Xavier de La Porte l’a expliqué dans son podcast Le Code a changé.« Les gens qui gagnent des followers sont des gens qui au fond disent toujours un peu la même chose. […] Dès qu’on sort de notre cadre, notre voix porte moins, on recueille un nombre assez faiblard de likes et retweets par rapport aux autres posts ; ça incite à toujours aborder les sujets sur lesquels notre voix porte et de la façon dont on sait qu’on est attendu, pour recevoir une sorte d’assentiment de la communauté. »

Je peux témoigner qu’il est très difficile de lire des commentaires négatifs sans en être affecté, même si ce commentaire ne représente l’opinion que d’une seule personne. C’est sur ce commentaire qu’on accroche, même s’il n’est pas représentatif et il faut se parler à soi-même pour que ça n’influence pas nos manières de faire.

Ça n’empêche pas que je ne me passerais des réseaux sociaux pour rien au monde. Les bénéfices sont plus grands que les effets néfastes.

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