Étiquette : médias

Bien vu, Instagram

Comme je disais

Via Reddit.

Fox News a questionné la légitimité de l’élection 774 fois après avoir donné la victoire à Biden

Des fois, les gens disent que j’exagère dans ma dénonciation des médias qui font dans la malhonnêteté. Mais la réalité, c’est qu’ils ont une grande influence sur leur auditoire.

The Media Matters NGO tracked the claims aired on the network in the two weeks after Fox called the election for Mr Biden, and found that there were at least 774 instances when the channel questioned the legitimacy of the result in this period. 

The claim that the election was stolen from Mr Trump – and that his supporters should therefore “stop the steal” – formed the basis for the deadly Capitol riots on 6 January, Media Matters said in a report, and “Fox News played a large part in fuelling that lie”.

Fox News cast doubt on election 800 times in two weeks after it called result

Si tu entends ton animateur préféré répéter que l’élection a été volée, c’est possible que ça te tente d’aller casser des vitres. Si tu l’entends dire que les mesures sont exagérées, c’est possible que ça te tente d’organiser un party dans ton sous-sol.

Les effets pervers de Twitter sur le journalisme (bis)

Je vous parlais il y a quelques jours de l’influence exagérée qu’a Twitter sur les médias.

Cette semaine, on pouvait lire un très bon article de La revue des médias qui nous rappelle que Twitter, c’est pas la vraie vie.

Quatorze ans après la création de Twitter, ce ne sont plus les contraintes de la limite d’espace (140 caractères, puis 280) qui font débat chez les journalistes, mais toutes sortes d’autres effets pervers, à commencer par le risque de s’exposer à une représentation tordue du monde. Sur Twitter, les journalistes rencontrent surtout beaucoup d’avis de… journalistes. Et comme dit l’adage, citer un journaliste, pour un journaliste, c’est comme danser un slow avec sa sœur, c’est facile mais ça n’a aucun intérêt. 

Le risque est bien sûr de confondre Twitter avec la société toute entière, comme ce rédacteur en chef répondant « Je ne vois rien sur Twitter » à quelqu’un qui l’alerte sur un mouvement social, d’oublier que le réseau social nous renvoie un monde à notre image (et à la sienne), écho des préoccupations des gens que l’on a choisi d’y suivre. « L’affaire Mila, par exemple, était un truc vécu par les gamins sur Snap. Twitter n’était pas le bon endroit pour apprécier ce que ça a créé chez les jeunes », se souvient Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef investigation numérique à l’AFP.

Les réseaux sociaux induisent aussi une vision déformée de l’appréciation de notre travail.

Autre biais, la façon dont Twitter peut affecter le travail du journaliste sensible à ce qui se dira de lui. Et cela sans même parler du harcèlement. Peser chaque mot qu’on écrit, chaque mot qu’on dit en se demandant comment telle ou telle phrase extraite de son travail peut contribuer à se faire démolir sur les réseaux sociaux, c’est déjà signe que quelque chose ne va pas. « Dix ou quinze mentions et tu ne passes pas une bonne soirée », résume Nabil Wakim. Rares sont les journalistes à l’épiderme suffisamment épais pour ignorer sereinement les salves de « encore un journaliste qui comprend rien… » L’envie de plaire perturbe aussi la façon de travailler. Xavier de La Porte l’a expliqué dans son podcast Le Code a changé.« Les gens qui gagnent des followers sont des gens qui au fond disent toujours un peu la même chose. […] Dès qu’on sort de notre cadre, notre voix porte moins, on recueille un nombre assez faiblard de likes et retweets par rapport aux autres posts ; ça incite à toujours aborder les sujets sur lesquels notre voix porte et de la façon dont on sait qu’on est attendu, pour recevoir une sorte d’assentiment de la communauté. »

Je peux témoigner qu’il est très difficile de lire des commentaires négatifs sans en être affecté, même si ce commentaire ne représente l’opinion que d’une seule personne. C’est sur ce commentaire qu’on accroche, même s’il n’est pas représentatif et il faut se parler à soi-même pour que ça n’influence pas nos manières de faire.

Ça n’empêche pas que je ne me passerais des réseaux sociaux pour rien au monde. Les bénéfices sont plus grands que les effets néfastes.

La lutte à la désinformation passe par les patrons des médias

Tant que la désinformation rapporte, les patrons des médias gardent leurs animateurs en ondes. Ç’a l’air que ce n’est plus le cas.

« Nous devons contribuer à induire le calme à l’échelle nationale, maintenant », a indiqué aux animateurs de ses 416 stations à travers le pays Brian Philips, vice-président au contenu de Cumulus Media. Le groupe, qui emploie plusieurs figures ultra-populaires du monde de l’opinion radiophonique aux États-Unis, dit ne « plus vouloir tolérer les discours » haranguant les foules sur le thème des « élections volées » ou de la « guerre civile », et encore moins « les commentaires sous-entendant que la désobéissance violente est justifiée ».

Des animateurs empêchés de promouvoir la théorie du complot électoral

Je me suis toujours demandé quel genre de personne fait ça, engager des animateurs malhonnêtes qui ont une influence négative sur la société, dans le seul but de faire des profits…

Reste que le concept de liberté d’expression évolue. Les patrons d’entreprises ont maintenant des responsabilité à cet effet. Il y a une bonne description de la situation dans ce texte.

Face à ces pratiques de désinformation, la protection de la liberté d’expression paraît mal calibrée. L’environnement dans lequel circulent les informations est très différent de celui qui prévalait lorsque les protections prévues par nos lois ont été mises en place. Dans beaucoup de pays, notamment au Canada et aux États-Unis, la protection contre les violations de la liberté d’expression est orientée vers les mesures émanant de l’État. Or, les activités expressives se déroulent de plus en plus dans des environnements relevant d’entreprises privées comme Facebook, Parler ou Twitter. Ces entreprises disposent d’un droit de vie ou de mort sur les activités expressives. Le pouvoir de supprimer les comptes utilisés par des groupes conspirationnistes pour diffuser des propos incendiaires ou délirants se trouve aux mains d’entreprises qui peuvent agir à leur guise au fil de ce qu’elles perçoivent être ou non dans leur intérêt.

Je suis inquiet moi aussi que l’on laisse ces entreprises décider de ce qu’on peut consommer comme information ou pas. C’est lorsqu’il est question de diffuser de fausses informations qui ont des impacts réels que j’ai l’impression qu’il faut agir, même si je ne suis pas sûr que de bannir complètement soit le bon mécanisme.

4chan et le mythe QAnon

Un article fort intéressant où l’on apprend que QAnon existait avant que QAnon existe:

Therefore, when viewed in its original context, Q’s conspiracy theory — far from blazing new trails — trod a well-worn path.

For example, here’s one anon predicting the imminent “arrest of the Cabal” and “liberation of Planet Earth from dark forces” in July 2017 — three months before Q’s first post. Here’sanother, two weeks before Q appeared, writing: “Soon their demise will come. The storm approaches. Hollywood is directly connected.”

Even if we restrict ourselves to the week before Q’s first drop, we can find countless anons expressing their belief in ideas that Q went on to espouse.

For example, three days before Q’s first post, an anon who believed in the Pizzagate conspiracy listed Hillary Clinton’s supposed crimes: “Sex with a minor, rape, cannibalism” — the exact charges against Hillary that would go on to become a core part of QAnonAnother anon in that thread wanted to “talk about what the Clinton Foundation did in Haiti.” The reference was to a less-central part of Pizzagate lore which, despite its relative obscurity, Q folded into some of their early drops.

The Making of QAnon: A Crowdsourced Conspiracy

Je me demande si les fans de QAnon connaissent la genèse du mouvement et réalisent que les « drops » de Q, c’est du réchauffé.

In other words, Q — far from leaking top-secret information to the anons — simply repackaged what right-wing media (and therefore the anons) were already discussing.

Le complotisme programmé dans nos cerveaux

Beaucoup de comportements humains nous viennent de la préhistoire. C’est le cas de l’indignation, mais aussi du complotisme.

Il y a des centaines de milliers d’années, l’Homo sapiens vivait dans un monde où les complots étaient monnaie courante. Le risque d’être tué par des tribus hostiles était beaucoup plus grand qu’il ne l’est de nos jours, dans la société moderne, explique le psychologue Jan-Willem van Prooijen, chercheur à l’Université libre d’Amsterdam et auteur d’un livre sur la psychologie des théories conspirationnistes.

Ceux d’entre nos ancêtres qui savaient détecter les complots avant qu’ils ne se manifestent avaient un avantage sur les autres. C’est donc un trait qui a été favorisé dans l’évolution. Nous croyons que nos cerveaux se sont adaptés pour être à l’affût des conspirations hostiles, explique le chercheur.

Nous sommes prédisposés à être conspirationnistes

Je reviens encore avec cette idée que nous avons des émotions du paléolithique, des institutions du moyen-âge et des technologies dignes des Dieux. C’est un peu pour ça que ça chie.

La puissance dialectique contre l’indignation

Jocelyn Maclure dans La Presse à pitons:

On sait que ces chroniqueurs aiment exploiter jusqu’à plus soif chaque intervention malheureuse ou réaction disproportionnée de certains militants progressistes, mais quand les a-t-on vus faire preuve d’une véritable force dialectique ? Discutent-ils de façon honnête et rigoureuse des thèses défendues par des intellectuels qui épousent des conceptions concurrentes du bien commun ? Respectent-ils la complexité des faits et des enjeux qui sont au cœur de nos débats de société ? Je les vois plutôt choisir de façon stratégique les faits qui les arrangent, généraliser de façon abusive à partir de cas d’espèce et dénaturer ou caricaturer de façon grossière les positions qu’ils abhorrent, mais je suis prêt à réviser mon jugement si on attire mon attention sur des interventions démontrant de leur part une véritable puissance dialectique.

La faiblesse dialectique

Je trouve qu’il y a de nombreuses critiques légitimes du mouvement “woke” et de ses dérives. Mais je me questionne sur les intentions des porte-étendards de ces critiques.

Polariser pour régner, comme on dit.

Malheureusement, c’est le propre de l’industrie de l’indignation qui est en pleine forme aux États-Unis:

“Americans are much more reasonable and moderate than what you might guess when you see a little Twitter war. But I’m guessing that the purpose of many Twitter wars is to polarise people and, in fact, we’ve seen that happen because you can often trace some of the fighting groups to the same location. Outrage is profitable. Most of the outrage I’ve seen in the online world – I would guess 80% – someone’s faking it for profit.”

Craigslist’s Craig Newmark: ‘Outrage is profitable. Most online outrage is faked for profit’

Il faudrait peut-être s’offusquer davantage des gens qui s’offusquent trop.

George Orwell, la décence ordinaire et la #covid1984

Court texte dans Le Devoir sur la décence ordinaire prônée par George Orwell.

On parle beaucoup d’Orwell, mais on en parle mal — ou plutôt, on cerne mal l’essentiel, la part de son œuvre qui, en ces temps difficiles, pourrait nous venir en aide, nous aider à comprendre. Pour peu que l’on renonce à une lecture orientée de 1984, on tombera assez vite, en lisant les romans, les essais ou les récits-reportages du pamphlétaire, sur un concept fondamental : celui de la « common decency », que l’on traduira avec Bruce Bégout, auteur d’une étude sur le sujet, par « décence ordinaire ».

Penser la pandémie avec George Orwell

Comme l’explique l’auteur Nathan Murray, Orwell est cité à tort et à travers depuis le début de la pandémie. Un des pires exemples est l’émergence du mot-clic #covid1984, qui est même utilisé par certains chroniqueurs relativement en vue dans nos médias.

L’ignorance, c’est la force, comme disait l’autre.

Twitter a-t-il trop d’influence sur nos médias?

Selon l’auteur de ce texte, Twitter est un site sur le respirateur artificiel, mais qui a une grande influence parce que les journalistes, vedettes et autres intellectuels l’utilisent beaucoup. Ces gens orientent parfois le débat public en regard « d’événements » qui ont lieu sur Twitter, mais qui ne devraient pas être d’intérêt public.

It means that context collapse has gotten so bad and the scale of your trending algorithms are so completely out of whack that a total moron tweeting about beans can create the same level of discussion within your community as the Trump Georgia call. It means that your users are so desperate for your made up internet points that they would consider turning an extremely mundane story about using a can opener into a TWENTY-THREE tweet thread and are also so vicious and insane and bored that they would turn that thread about beans into a national scandal.

Je pense que c’est en partie aussi ce qui fait que certaines situations prennent des proportions exagérées. Un militant « woke » avec 82 abonnés s’insurge de quelque chose. Un dude trouve que ç’a pas d’allure et piste sa gang sur cette atteinte à leur liberté. Richard Martineau tombe là-dessus. Richard Martineau écrit huit chroniques pour dénoncer la situation.

Ainsi va le cycle de la vie médiatique et c’est ce qui fait qu’un citoyen de Sept-îles se sente concerné par les toilettes non-genrées d’un restaurant de Laval.

Nous sommes des hommes (et des femmes) des cavernes

Toujours intéressant de lire sur l’origine lointaine des comportements humains. Normand Baillargeon dans Le Devoir au sujet des complotistes:

Pour aller à l’essentiel, disons que l’évolution a placé en nous des manières de penser qui nous ont été fort utiles et qui sont devenues des automatismes. On a demandé à Louis des exemples. Il en avait. Nous avons, dit-il, longtemps vécu en petits groupes et nous avons tendance à valoriser les informations provenant des gens que nous connaissons. Celles avertissant d’un danger (il y a des serpents là !) ou d’un risque attirent plus notre attention. De même, on voit bien et on se rappelle plus facilement ce qui cadre avec ce que nous savons que ce qui le contredit.

Petit Louis à la rescousse

Ça me rappelle cet épisode du balado Hidden Brain sur l’indignation. Ce serait aussi dans notre nature de s’indigner. C’est une caractéristique importante de l’évolution de l’être humain.

C’est gratifiant de dénoncer, selon les experts du cerveau.

Et quand je dis experts du cerveau, je ne parle pas seulement du Doc Mailloux.

Ça nous apporte du plaisir parce que tout au long de l’histoire, l’indignation, ça aidait à réguler les comportements des individus. Si dans un groupe, quelqu’un a un comportement douteux, c’est l’indignation des autres qui fait qu’il va se corriger.

Quand un homme des cavernes se décrottait le nez ou checkait son téléphone en conduisant son ptérodactyle, les autres s’en indignaient et après il changeait son comportement.

Sauf qu’avant, l’indignation se faisait dans un contexte de face à face qui atténuait la chose. C’est bien différent avec les réseaux sociaux. 

Le biologiste américain E. O. Wilson a une belle façon de décrire notre époque.

Le vrai problème de l’humanité, c’est que nous avons des émotions du paléolithique, des institutions du moyen-âge et des technologies dignes des Dieux.

Donc avant, nos émotions nous permettaient de deviner l’approbation des autres selon leur visages, pas selon un like. Ce n’est plus le cas avec les réseaux sociaux. On a un compteur de notre indignation.